Notre avis sur Rocklee
Avantages
- Une hôte hors normes, disponible et attentionnée
- La vue sur le Loch Leven depuis la baie du salon
- Un espace qui tient plus de l'appartement que de la chambre
- Literie et propreté irréprochables
Inconvénients
- Quinze à vingt minutes de route pour dîner, et des tables complètes en pleine saison
- Deux nuits minimum obligatoires
À qui s'adresse ce lieu ?
- Les voyageurs qui cherchent le calme et la vue
- Ceux qui font Glencoe et Fort William depuis une base fixe
- Les familles et les groupes, les deux espaces de l'étage se réservant ensemble
Le meilleur accueil de tout notre road-trip écossais, dans une maison qui regarde le Loch Leven.
La meilleure hôte qu’on ait jamais eue. Voilà, c’est dit dès la première ligne, et après toutes ces années à dormir chez des gens dans une dizaine de pays, on n’a même pas envie de nuancer la phrase.
Jo tient Rocklee toute seule, à Ballachulish, un village posé au bord du Loch Leven, juste au pied de Glencoe. On y a passé deux nuits au mois d’août, et on en est repartis avec cette sensation un peu bizarre d’avoir été reçus par quelqu’un plutôt que d’avoir dormi quelque part. Ça a l’air d’une nuance de rien du tout, c’est en fait toute la différence.
Petite précision de géographie avant d’aller plus loin, parce que la moitié d’internet range Rocklee à Glencoe : le B&B est bien à Ballachulish, le village de Glencoe est quelques minutes plus loin sur la route. Ça ne change rien à la vue, ça change juste ce que vous tapez dans le GPS.
Une maison posée sur l’ancienne cour de marchandises
L’adresse de Jo s’appelle Old Railway Goods Yard. La vieille cour de marchandises du chemin de fer. On a d’abord cru à un nom de maison joliment choisi par quelqu’un qui aime les trains, et puis on a vérifié, et non, c’est parfaitement littéral.
La gare de Ballachulish a ouvert le 24 août 1903, à East Laroch, juste à côté des carrières d’ardoise, avec sa cour de marchandises côté nord et des voies étroites qui descendaient directement des carrières jusqu’aux wagons. La ligne a fermé en 1966, le bâtiment des voyageurs est devenu le cabinet médical du village au début des années 90, et des maisons ont poussé sur l’emprise de la gare. Celle de Jo en fait partie.
Et l’ardoise, ici, ce n’est pas un détail pittoresque. On en extrait dans ce village depuis 1693, soit l’année qui a suivi le massacre de Glencoe, qui s’est joué à deux kilomètres et demi de là. Au début du vingtième siècle, six cents ouvriers sortaient vingt-six millions d’ardoises par an, embarquées sur le Loch Leven pour l’Angleterre, l’Irlande et l’Amérique, et une bonne partie des toits d’Édimbourg et de Glasgow vient de ces carrières-là. Donc quand on regarde le toit en ardoise depuis la fenêtre de l’étage, on regarde l’histoire économique du village.

Le salon, et cette fenêtre qui prend tout le mur
On pensait arriver dans une chambre de B&B. On s’est retrouvés dans un appartement. Jo a converti trois espaces de sa maison pour ses guests : une chambre au rez-de-chaussée, et deux à l’étage qui se font face. Le nôtre était le grand du haut, avec un salon, une chambre séparée et une salle de bain. Les deux du haut peuvent d’ailleurs se réserver ensemble, ce qui donne un appartement complet pour une famille ou un groupe.
Le salon donne sur le Loch Leven par une fenêtre qui ouvre littéralement le mur. Devant la maison, une grande étendue verte descend vers l’eau, et il n’est pas rare d’y voir quelques vaches écossaises brouter. Détail qui nous a fait rire tous les deux : il y a une télévision installée juste à côté de cette fenêtre. On ne l’a jamais allumée. On avait déjà la plus belle télévision de la maison, et elle changeait de programme toute seule au fil des heures.
Côté décoration, on sent que chaque détail a été pensé. La pièce joue sur des verts pastel, une bonne cinquantaine de nuances si on compte bien, avec une moquette qui donne envie de s’asseoir par terre comme un gosse et un rocking-chair en bois posé près de la fenêtre. Vous voyez le tableau, il ne manque plus que la pluie dehors, et en Écosse, elle finit toujours par arriver.
La chambre, la literie et la douche
Que dire du lit, à part qu’on a dormi extrêmement bien les deux nuits. La literie fait clairement partie des gros points forts de la maison, et c’est le genre de chose qu’on remarque d’autant plus quand on enchaîne les hébergements depuis des semaines.
La salle de bain n’est pas immense, mais la douche est spacieuse et vraiment agréable, avec les savons Highland Soap Co posés sur la vasque. Et plus globalement, tout est nickel. Avec ce niveau de détail dans la décoration, trois espaces à préparer et des guests qui se succèdent, on aurait pu trouver un coin négligé quelque part. On n’en a pas trouvé.
Et puis il y a cette affiche au mur, Achmelvich Bay. On a mis trois secondes à la reconnaître : on y est passés lors de notre premier road-trip écossais, du côté de Lochinver, avec ces eaux turquoise qui n’ont rien à faire à cette latitude. Se retrouver face à elle au-dessus d’un lit, quatre ans plus tard, ça fait quelque chose.
Jo, et le whisky au miel
Il faut que je raconte cette partie-là, parce que c’est elle qui a fait basculer le séjour. Je suis arrivé chez Jo avec un rhume carabiné, et j’ai passé une nuit franchement difficile, avec beaucoup de fièvre.
Jo nous a dépannés de médicaments et de sirop, et elle m’a préparé un whisky avec du miel et un peu d’eau. Le remède maison, à l’écossaise. On va appeler ça combattre le mal par le mal, et honnêtement, sur le moment, ça m’a fait bien plus de bien que le sirop. Mais au-delà de l’anecdote, ce qu’on retient c’est qu’elle a été aux petits soins alors qu’elle avait évidemment déjà largement de quoi s’occuper avec ses autres guests.
Autre exemple, dans un registre beaucoup moins romanesque : on avait besoin de faire une lessive. On a demandé, elle a dit oui tout de suite, et elle s’est occupée elle-même du lavage et du séchage. Voilà, c’est ça, Rocklee.
Tenir une maison à ce niveau-là, c’est un vrai travail à plein temps, et Jo ne s’en cache pas. Elle nous a expliqué que les séjours d’une seule nuit étaient devenus trop lourds à gérer vu tout ce qu’il y a à faire entre deux guests, et que Rocklee se réserve désormais pour deux nuits minimum. Quand on voit l’état des pièces et l’attention portée à chaque arrivée, la décision se comprend toute seule.

Le coin thé, le mini-frigo et les petites attentions
Dans l’espace, il y a de quoi se faire un thé ou un café à toute heure, un plateau de courtoisie complet et un mini-frigo. Remarque très vécue sur la météo écossaise : vu les températures pendant notre séjour, on n’avait pas franchement besoin d’un réfrigérateur, la fenêtre entrouverte faisait déjà le travail.
Le petit-déjeuner, exactement ce dont on avait besoin
Ce n’est peut-être pas le petit-déjeuner idéal pour qui vient chercher le bacon et les oeufs du full Scottish. Nous, après plusieurs jours à alterner plats de pub, frites et sauces, même en essayant d’équilibrer avec des soupes, et avec un malade dans l’équipe, c’était exactement ce qu’il nous fallait.
On s’est fait des bols de granola écossais avec du fromage blanc au miel et des fruits rouges : framboises, mûres et fraises. Et grosse surprise, les fruits avaient un goût énorme. On ne s’attendait pas à trouver des fruits rouges pareils en Écosse, et pourtant. Verdict très simple, c’était une tuerie.
Il y a aussi la corbeille de pains et de bagels, le grille-pain, les confitures, le miel, le jus d’orange, bref tout ce qu’il faut pour composer selon l’humeur du matin. Et une nappe à motifs de fruits qui, sans qu’on sache très bien pourquoi, participe à l’ambiance de la maison.
Tom et Tommy, les autres habitants
On a un chat, Vasco, donc forcément ça nous parle : Jo n’est pas seule à Rocklee, elle vit avec Tom et Tommy, ses deux chats. Tommy s’est montré particulièrement avenant avec nous, il venait réclamer sa dose de papouilles le matin comme s’il faisait officiellement partie de l’équipe d’accueil.
C’est un joli chat blanc et roux, plutôt trapu (on sent qu’il a de quoi tenir l’hiver écossais), avec un petit demi-cercle de poils roux sous la bouche qui lui donne en permanence l’air de sourire. Ça ne change évidemment rien au confort d’un hébergement, mais ça change tout à la sensation d’être accueilli dans une vraie maison habitée plutôt que dans un établissement.
Le seul point à connaître avant de réserver
S’il faut vraiment trouver une limite à Rocklee, elle ne concerne pas la maison mais sa situation, et surtout ce qu’on vient y chercher. C’est un endroit fait pour se mettre en retrait, pour être au calme au bord du loch, presque en petite retraite. On n’est pas perdu au bout du monde, mais on s’en approche assez pour qu’il faille le savoir avant de cliquer sur réserver.
Concrètement, pour dîner, il faut compter quinze à vingt minutes de route pour avoir du choix, et en pleine saison ça peut se compliquer : un soir, on a mis près d’une heure avant de trouver une table, les deux premières adresses étant complètes. Ce n’est évidemment pas un défaut imputable à Jo, c’est la contrepartie exacte du calme et du paysage qui font tout le charme de l’endroit.
Pour se rassurer sur les distances, ça reste une excellente base : Glencoe est à cinq minutes, Fort William à une demi-heure. Et pour l’anecdote, ce confort-là est récent. Avant l’ouverture du pont de Ballachulish, le 23 décembre 1975, il fallait prendre le ferry, faire la queue en pleine saison, ou avaler dix-neuf miles de détour par Kinlochleven pour contourner le loch.

Infos pratiques
On a cherché le défaut, sincèrement. Entre la vue, l’espace, la literie, la propreté, le petit-déjeuner et Jo, on n’a pas trouvé, et on est repartis en se disant qu’on aurait dû réserver une nuit de plus.