
Pourquoi les Highland Games valent le détour quand on traverse l’Écosse
Bon, on va vous le dire tout net : si vous organisez un road-trip en Écosse l’été, et que vous tombez sur les dates des Highland Games d’un village, calez-vous dessus, vous ne le regretterez pas. C’est une de ces journées où, en sortant le soir, on a la tête qui chauffe (un peu trop pour notre cas, on y revient), le carnet plein de notes, et le sentiment d’avoir vraiment touché du doigt ce qui rend l’Écosse… bah, écossaise.
Caroline et moi, on a vécu les Highland Games un 11 août à Ballater, petit village de l’Aberdeenshire dans la vallée de la Dee. On est arrivés trois jours avant avec Édouard (notre fidèle Hymer B544), on a posé le van face à l’Église (parking large, toilettes publiques, c’est cadeau pour un week-end d’événement), et on a profité de la mise en place. Et bien voilà, on a tellement aimé qu’on a décidé de lui consacrer un article entier, parce qu’au-delà du folklore touristique, c’est une vraie expérience humaine.

Les Highland Games, c’est quoi exactement ?
À la base, ce sont des compétitions sportives et culturelles organisées par les clans pour célébrer la culture celtique de l’Écosse. À ne pas confondre avec un simple festival folklorique pour touristes : les Highland Games sont une vraie institution écossaise, vivante, codifiée, qui rassemble chaque été plus de soixante rassemblements à travers tout le pays (de mai à septembre, avec un pic juillet-août).
On y trouve plusieurs grandes familles d’épreuves… le lancer de troncs (le fameux caber toss), le lancer de poids et de marteau, des concours de danse traditionnelle (souvent dansés par les enfants, plus particulièrement les petites filles), un concours de cornemuse en parallèle, et toute une journée de défilés ponctués par les tambours et les fanfares des clans. C’est aussi une vitrine économique : producteurs de miel, de bois, de whisky, ils tiennent tous leur petit stand à l’écart du terrain principal.

Notre matin du jour J à Ballater : les cornemuses qui s’accordent au loin
Tiens, c’est marrant comme certains souvenirs collent à la peau. Le matin du jour J, on a pris notre petit-déjeuner dans Édouard avec, en fond sonore, les cornemuses qui s’accordaient au loin dans le village. Une note tenue, puis une autre, puis trois, puis un accord qui se cale doucement. On comprend pourquoi cet instrument est associé à l’Écosse : il a vraiment quelque chose qui prend aux tripes quand on l’écoute traîner dans l’air d’un matin d’août sur les collines.
Le coup d’envoi est donné autour de 11h30-midi, mais tout commence bien avant. Le village entier se réveille petit à petit, les gens convergent vers le centre, et là… surprise. Tout le monde part ensemble. Une procession collective, organisée, qui marche depuis le village jusqu’au parc où vont se dérouler tous les jeux. Cornemuseurs en tête, tambours derrière, et la foule qui suit. On n’est plus dans un village, on est dans un cortège.
« Why not ? I seem too old ? » : la rencontre qui résume tout
En route vers le parc, on s’est fait prendre en main par une dame locale qui nous a proposé un raccourci. Elle nous a dit « you follow me, I go this way as well ». Caroline et moi, on lui a emboîté le pas. Je lui ai gentiment dit, en anglais bricolé, d’essayer de ne pas marcher trop vite (on était déjà chargés en matos vidéo, plein soleil, gros sac à dos). Sa réponse, immédiate, du tac au tac : « Why not ? I seem too old ? ». Énorme. Tout le monde a éclaté de rire. On a pris une leçon d’humour écossais en plein vol, et on a compris en deux minutes la chaleur des locaux qu’on allait croiser toute la journée.

L’ambiance sur place : entre fête foraine et compétition codée
Quand on arrive sur le terrain, première étape obligatoire : la file d’attente pour le ticket. Sous un soleil de plomb. Sans un nuage. On a réalisé ce jour-là que oui, on peut prendre des sérieux coups de soleil au fin fond de l’Écosse (spoiler : on a fini rouges, cramés, à racheter de la crème solaire en rentrant au village le soir). Bon, on patiente, on profite, on observe les locaux qui arrivent en file aussi, beaucoup en kilt, beaucoup en tartan, certains avec le brushing assorti.
Une fois passés, on découvre un site qui ressemble à… un mélange entre fête foraine et terrain de sport. Sur un côté, des stands pour manger, pour boire, des manèges, des jeux pour les enfants (énormément, en fait, c’est très orienté famille). Sur l’autre, le terrain principal où les épreuves s’enchaînent toute la journée. Et plus loin, en marge, les petits stands artisanaux tenus par les différents clans.


Les épreuves stars des Highland Games
Le caber toss, ou lancer de tronc d’arbre
C’est l’épreuve emblématique. Un tronc de pin écorcé d’environ 5,5 mètres de long et 80 kilos. Le compétiteur le soulève à la verticale, le tient pendant un instant qui paraît durer un quart d’heure, court avec quelques mètres et le lance en essayant de lui faire faire une rotation complète en l’air. Et là, surprise pour le novice : on ne juge pas à la distance, mais à l’alignement de la chute. Un caber toss réussi tombe à 12 heures, dans l’axe parfait du lanceur. Caroline regardait, fascinée, et m’a demandé « mais pourquoi ils sont contents quand ça tombe juste devant eux ? ». Pas si simple à comprendre quand on découvre.
Le lancer de poids, de marteau, et de « débouche-toilette »
Plusieurs autres épreuves de lancer s’enchaînent. Le poids, classique (un gros boulet en métal). Le marteau écossais, plus spectaculaire (une boule au bout d’une chaîne). Et puis ce que j’ai baptisé sur place « le lancer de débouche-toilette », parce que ça y ressemblait furieusement : un bout de bâton avec une grosse boule au bout, le compétiteur tourne sur lui-même pour prendre de l’élan, et lance le tout le plus loin possible. Le gars qu’on regardait, j’aurais pas tenté de lui dire du mal de sa maman, il devait faire 120 kilos posés.
Les danses traditionnelles écossaises (avec petites filles)
Pendant que les épreuves de force se passent au centre du terrain, sur un coin… des danses. Et là, on est surpris : ce sont des petites filles qui dansent, pas des gros barbus. Le Highland Fling (danse sur place, sauts précis), la Sword Dance (au-dessus de deux épées croisées posées au sol), et plusieurs autres chorégraphies codées. Caroline trouvait qu’elles « dansaient un peu comme des crabes », avec une rythmique étonnante quand on découvre. Moi, j’attendais le moment où ça allait changer (les filles iraient lancer des troncs, les mecs danseraient sur la cornemuse), mais ça n’est jamais arrivé. Pas cette année là en tout cas.
Le concours de cornemuse, en parallèle
Et puis sur un coin plus calme du site, un concours de cornemuse en continu. Les jeunes se relaient devant un jury. On en voit un, concentré, en pleine pratique. C’est l’ambiance la plus feutrée de la journée, et on s’y arrête quelques minutes pour souffler un peu entre deux épreuves de force.
Le tirage à la corde et la course en sac
Deux autres classiques : le tirage à la corde, où deux équipes s’arrachent dans la sueur pour faire tomber l’adversaire ; et la course en sac… qui s’adresse uniquement aux enfants, et c’est trop mignon à voir. Toute la journée les épreuves s’enchaînent, dans tous les coins du site, et la fanfare repasse plusieurs fois pour donner le tempo.
Les stands des clans : miel, bois, whisky, savoir-faire
C’est probablement la partie qu’on a sous-estimée en arrivant, et qui s’est révélée la plus enrichissante. Autour du terrain principal, les différents clans tiennent chacun un petit stand pour présenter leur savoir-faire artisanal local. Producteur de miel, producteur de bois, producteur de whisky (et oui, en grande déclinaison, parce qu’on est en Écosse), artisanat en tartan (écharpes, coussins, articles décoratifs), miniatures.
Et c’est là qu’on prend conscience que les Highland Games ne sont pas qu’une compétition sportive : c’est aussi une vitrine économique et culturelle pour chaque clan/communauté. Les gens viennent pour gagner, certes, mais aussi pour montrer ce qu’ils savent faire au quotidien. On a discuté avec deux ou trois producteurs, on a goûté du miel local, on a parlé de tartans avec un monsieur très patient qui nous expliquait la différence entre les couleurs des clans. Caroline a craqué pour une écharpe en tartan, pas l’écharpe Burberry hein, la vraie. Souvenir parfait.

Manger sur place : la grosse déception Black Angus
Bon, parlons franchement. Estomac qui crie en milieu de matinée, on cherche à manger. Sur le site, un stand viande a l’air de proposer LA spécialité du jour : le Black Angus Steak & Cheese Burger. On en commande deux (oui, parce qu’on est gourmands, et puis l’Écosse a la réputation de faire de la bonne viande). Verdict : pas bon. Vraiment pas bon. On a été déçus. Et le pire (la prise de son d’origine de notre vidéo était inutilisable pour cause de vent et de bruit ambiant, on a fini par commenter en voix off au montage), c’est que ce sera notre seule expérience Black Angus de tout le séjour en Écosse. Pas la peine d’insister, on s’est rabattus sous le chapiteau des boissons avec une petite bière, et le moral est immédiatement remonté.
La troisième mi-temps en ville : trois groupes de cornemuses dans les rues
Et bien, fin de journée, le terrain commence à se vider. Les clans plient les stands, les compétiteurs rangent leur matériel, on retourne en ville pour la « troisième mi-temps » comme l’appellent les locaux. Et là… encore une surprise. Au lieu de finir tranquillement avec une pinte au pub, on assiste dans les rues de Ballater à trois groupes différents de cornemuseurs et tambours qui défilent les uns après les autres. Probablement les différents clans qui font leur tour d’honneur en ville.
Caroline, ronde comme un coquetier après deux pintes et le soleil qui a fait son œuvre, lance « Metallica cornemuses… Macarena cornemuse… non mais écoutez-le lui franchement ». Je ne connais pas, j’ai pas leur CD, ils sont sur Spotify. Petit running gag entre nous, qu’on s’est gardé pour la vidéo.
Très honnêtement, c’est ce moment-là qui clôt vraiment la journée. Pas la dernière épreuve sur le terrain, mais ce défilé tardif où le village entier sort sur le pas de sa porte avec un verre à la main pour saluer les cornemuses qui passent. On y est. On comprend pourquoi les Écossais tiennent à leurs Games.

Les clans et leurs tartans : Campbell, MacDonald, Stewart, MacGregor
Bouquet final des Highland Games (et résumé culturel pour qui s’y intéresse) : les différents clans qui défilent dans leurs kilts et tartans respectifs. Parmi les plus célèbres : Campbell, MacDonald, Stewart, MacGregor. Chacun a son motif de tartan, ses couleurs, son histoire, son territoire historique dans les Highlands. Les tartans ne servent pas qu’à habiller : on les retrouve sur des écharpes, des coussins, et toute une déclinaison d’articles artisanaux qu’on peut ramener en souvenir.
Un peu d’histoire pour comprendre pourquoi le tartan est si chargé symboliquement. Après la défaite jacobite de Culloden en 1746, le port du kilt et de la cornemuse a été interdit par les lois de proscription, dans l’idée d’écraser l’identité gaélique des Highlanders. Pendant plusieurs décennies, c’est devenu un acte de résistance que de porter ces vêtements. Quand les lois ont fini par être levées et que le XIXᵉ siècle a redonné une place centrale à l’identité écossaise (avec un sérieux coup de pouce de la reine Victoria qui adorait les Highlands), le kilt et le tartan sont devenus à la fois un symbole national et un marqueur d’appartenance à un clan. Aujourd’hui, les Highland Games sont l’un des rares lieux où cette culture est encore visible en vrai, pas dans un musée.

D’où viennent vraiment les Highland Games ?
La tradition remonte loin. La légende attribue leur création au roi Malcolm III au XIᵉ siècle, qui aurait organisé une course sur les pentes de Craig Choinnich, près de Braemar, pour sélectionner les meilleurs messagers de son royaume. C’est probablement plus complexe que ça historiquement, mais la racine est là : très ancienne, liée aux clans, aux Highlands, à des concours de force et de vitesse entre membres d’une même communauté.
Les Games modernes, eux, sont surtout codifiés au XIXᵉ siècle. La reine Victoria, qui passait ses étés à Balmoral juste à côté de Ballater (et à Braemar pour les Games), a beaucoup contribué à les populariser en assistant chaque année à ceux de Braemar dès 1848. Sa caution royale a fait des Highland Games un événement à la mode, et chaque petite ville s’est mise à organiser le sien.
Aujourd’hui les Highland Games sont :
- une compétition sportive sérieuse (avec une vraie association nationale, la Scottish Highland Games Association, qui standardise les épreuves) ;
- une fête culturelle (concours de danse traditionnelle, de cornemuse, de tambours) ;
- un dispositif de transmission de l’identité gaélique des Highlands et des clans, qui sinon serait peut-être devenue purement folklorique.
On y vient autant pour les épreuves que pour le reste, et c’est précisément cette épaisseur qui rend l’expérience aussi marquante.
Quels Highland Games choisir pour son road-trip ?
Notre choix à nous. Petit village dans la vallée de la Dee, ambiance familiale, accueil chaleureux, parking face à l’Église qui accueille les camping-cars pour plusieurs nuits avec toilettes publiques sur place. La taille du Games est moyenne, ce qui permet de tout voir en une journée sans courir, et de bien sentir l’ambiance des stands de clans. La proximité de Balmoral (10 minutes en voiture) est un bonus si on veut faire un crochet par le château.
Verdict : idéal pour un premier Highland Games en road-trip vanlife, ambiance accessible, logistique simple.
Les plus historiques et probablement les plus prestigieux : le Braemar Gathering, début septembre. C’est ceux qu’a popularisés la reine Victoria au XIXᵉ siècle, et la famille royale britannique y assistait traditionnellement (le terrain est juste à côté de Balmoral). Très fréquentés, à voir réserver son spot bien à l’avance, et compter sur des tarifs plus élevés (entrée + parking).
Verdict : pour les amateurs d’histoire, ambiance plus solennelle, attente plus forte côté budget et foule.
Le plus grand au monde. Plus de 3 500 concurrents chaque année en danse, cornemuse, épreuves sportives. Trois jours d’événement, ambiance dingue, mais aussi foule importante.
Verdict : pour ceux qui veulent voir LE grand spectacle. Moins idéal pour un premier Games en road-trip vanlife (organisation plus dense, logistique plus compliquée pour les camping-cars).
Inverness, Pitlochry, Dornoch, Aboyne, Lonach… la liste est longue. La Scottish Highland Games Association publie le calendrier officiel chaque année sur shga.co.uk. À noter : Lonach (fin août, près de Strathdon) a la particularité d’avoir un défilé de « Lonach Highlanders » armés (épées, hallebardes) qui marche entre les domaines de la vallée, c’est très spécifique.
Verdict : chaque Games a sa personnalité. On conseille les Games de taille moyenne pour mieux vivre l’ambiance et les rencontres.
Conseils road-trip et vanlife pour les Highland Games
Et bien voici notre check-list après notre expérience à Ballater, à adapter selon l’événement choisi :
FAQ Highland Games en Ecosse
Quand ont lieu les Highland Games en Ecosse ?
Quels sont les Highland Games les plus connus ?
C est quoi le lancer de tronc d arbre (caber toss) ?
C est quoi un clan et a quoi servent les tartans ?
D ou viennent les Highland Games ?
Combien coute l entree aux Highland Games et quel budget prevoir ?
Comment s habiller pour aller aux Highland Games ?
Comment aller aux Highland Games en road-trip ou en camping-car ?
Pour aller plus loin sur le road-trip écossais
Notre PS qui n’apporte rien
On a tellement gigoté pendant les épreuves de cornemuse qu’on avait une chanson dans la tête tout le reste du séjour. On la fredonnait en faisant la vaisselle dans Édouard. On la fredonnait en démarrant le matin. À un moment Caroline a dit « OK stop, on change de chanson ». J’ai répondu « ouais, mais on n’a pas leur CD, ils sont sur Spotify ». Elle ne m’a pas adressé la parole pendant 10 minutes. Très bon Highland Games.