Xavier en visio avec un casque, en train de travailler en vanlife depuis son camping-car

Travailler en vanlife : le jour où j’ai transformé des toilettes en salle de réunion

Gagner sa vie sur internet Xavier 11 min
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Travailler en van, ça fait rêver sur Instagram : le laptop, la plage, les pieds dans le sable. La réalité, c’est Caroline en plein live Twitch d’un côté de la table, moi le casque vissé sur les oreilles de l’autre, et moi qui file m’enfermer aux toilettes dès qu’un client appelle. On a bossé à l’année depuis Édouard pendant des années. Voilà comment ça se passe, vraiment.

Tu veux que je te dise à quel moment j’ai compris qu’on l’avait fait ? Pas en signant un gros contrat, pas en regardant le compte en banque. Non. C’était le tout premier matin, juste après avoir quitté la Côte d’Azur. On s’était posés dans un France Passion quelque part en province (ces endroits où tu dors chez l’habitant, souvent un vigneron ou un agriculteur). J’ai sorti ma petite table de camping, ma chaise pliante, j’ai posé le laptop dessus, et j’ai commencé à bosser avec le lever de soleil dans les herbes hautes devant moi.

La chaise était inconfortable, la table bancale, j’avais le dos déjà pas content… et pourtant. J’étais là, à travailler comme n’importe quel matin, sauf que mon open space c’était un champ au soleil. J’ai eu cette petite bouffée de ça y est, on y est arrivés. C’est ça que personne ne te raconte quand tu cherches comment travailler en vanlife : le plus dur, c’est pas la technique, c’est de tenir ce mode de vie dans la durée. Alors on va parler du vrai, pas de la carte postale.


Xavier en visio avec un casque, en train de travailler en vanlife depuis son camping-car

Travailler en van et en vivre, c’est possible ? (oui, mais pas comme tu crois)

Réponse courte : oui. On a vécu en van, on a travaillé, on a gagné notre vie, et on a même réussi à épargner pour la suite. Donc à la question peut-on vivre en camping-car et travailler, je réponds clairement oui, on l’a fait sur plusieurs années.

Réponse longue, et c’est là que ça devient honnête : ce mode de vie est énergivore. Hyper énergivore. Tu cumules le boulot ET toute la logistique de la vie nomade (trouver un spot, faire les pleins d’eau, vider les eaux usées, gérer l’élec, rouler…). Résultat, ta productivité en prend un coup, c’est mathématique. Quand je lis des articles qui te vendent le van comme un boost de concentration parce que tu es dans la nature, ça me fait doucement sourire. La nature, justement, c’est ton pire ennemi quand t’as un livrable à rendre (j’y reviens).

Donc oui c’est possible, mais pas en mode glandouille. C’est possible si tu arrives en ayant déjà ton métier ou ta source de revenus en place. Le nombre de voyageurs qu’on a croisés sur les routes qui avaient mal calculé leur budget et qui ont cramé leur épargne plus vite que prévu… beaucoup ont dû rentrer plus tôt que prévu, un peu dépités. Le van ne crée pas de revenus tout seul. Il te donne juste un cadre (magnifique) pour exercer ce que tu sais déjà faire.


Travailler en van : le rêve Instagram face à la réalité

Ce qu'on te vend sur les réseaux, et ce qu'on a vraiment vécu en bossant à l'année depuis Édouard.

Ce qu'on te vend
  • Le laptop, les pieds dans le sable
  • Liberté totale, zéro contrainte
  • Un bureau avec vue, installé une seule fois
  • Digital nomad à l'autre bout du monde
  • Les appels en terrasse face à l'océan
Ce qu'on a vécu
  • Le casque vissé, le dos en compote sur la dînette
  • La discipline ou rien, face au démon de la nature
  • Sortir, ranger et ressortir le matériel chaque jour
  • Resté en Europe pour ne pas décaler mes clients
  • Les réunions enfermé dans la salle de bain

Le travail nomade, version sans filtre : la discipline ou rien

Si je devais résumer le travail nomade en un seul mot, ce serait celui-là : discipline. Et je ne rigole pas.

Bosser en télétravail, ça demande déjà une bonne dose de rigueur. Maintenant ajoute à ça la route, les nouveaux paysages, l’envie permanente d’aller voir ce qu’il y a derrière la colline… et tu obtiens ce que j’appelle le démon de la nature. Ce petit truc qui, à chaque instant, va essayer de te sortir de ton boulot. Il fait beau ? Aller, on bouge. Le spot d’à côté a l’air mieux ? On y va. Spoiler : si tu écoutes ce démon, tu ne travailles jamais.

Nos règles, celles qui nous ont sauvés :

  • Garder une routine régulière, des horaires de travail à peu près fixes (pour moi c’était tous les matins, j’y reviens).
  • Avancer dès qu’on a de la motivation, parce que la tentation de tout lâcher est constante. Quand t’es dans le flow, tu pousses.
  • Prioriser les tâches importantes quand on est frais, et garder les tâches faciles pour les coups de mou (le genre de journée pluvieuse où le cerveau refuse de coopérer).

C’est tout bête écrit comme ça, mais sans ce cadre, le van te bouffe ta semaine de travail sans que tu t’en rendes compte. La liberté géographique, ça se paie en discipline mentale. Personne ne te le facture à l’avance, mais la note arrive.


Avant de partir : l’épargne, le filet, et le piège du on verra sur place

On n’est pas partis sur un coup de tête. Il nous a fallu presque 10 ans pour concrétiser ce projet. Pas parce qu’on est lents (quoique), mais parce qu’on voulait avoir assez de fonds de côté pour partir sereins, sans la boule au ventre.

Mon montage perso, pour ceux que ça intéresse : j’avais construit année après année une clientèle en contrats mensuels (je suis plutôt profil webmarketing et affiliation), histoire d’avoir un matelas minimum. Et après le COVID, j’ai négocié avec mon employeur un contrat à mi-temps en télétravail total, en échange d’une baisse de salaire. Il a fallu poser les chiffres : combien ça coûte de vivre en sédentaire, combien ça coûte de vivre en van, et donc quel sacrifice de salaire on pouvait se permettre. La transition peut être hybride, c’est même ce que je recommande : tu gardes un pied dans la sécurité pendant que tu construis le reste.

Et ce filet, il a servi. Quand l’embrayage d’Édouard a lâché deux fois en deux mois en Espagne (merci le garage qui avait bâclé le boulot), on a dû vivre en AirBnB le temps des réparations. Sans l’épargne, ce genre d’imprévu, c’est le voyage qui s’arrête. Notre règle est devenue : fais tout pour que le voyage ne s’arrête pas à cause de ce genre de problème.

Côté combien il faut gagner, je ne vais pas te sortir un chiffre magique, parce que ça dépend trop de ton train de vie et de ton véhicule. Mais si tu veux creuser le coût réel d’un véhicule aménagé à l’année (carburant, entretien, bouffe…), les métiers à faire en van et les idées pour générer des revenus, on a des articles dédiés là-dessus. Ici, le message c’est juste : arrive avec un métier et une épargne, pas avec un rêve et un découvert.


Mains qui tapent à l'ordinateur dans un camping car

De quoi t’as vraiment besoin pour bosser : connexion, énergie, un coin pour poser tes fesses

Il y a deux postes sur lesquels on n’a jamais transigé, parce que sans eux c’est retour à la vie sédentaire direct : internet et énergie. Le reste, on peut bricoler. Pas ça.

La connexion

On a fini par monter un setup un peu sérieux (routeur pro Teltonika, dôme sur le toit, plusieurs cartes SIM d’opérateurs différents pour ne jamais être à poil). Le résultat, c’est qu’en plusieurs années de route, les fois où on s’est retrouvés sans internet se comptent sur les doigts d’une main (une fois paumés dans l’Aisne, une autre en plein milieu de l’île de Skye en Écosse). Caroline streamait sur Twitch en roulant sans coupure, c’est dire. Je ne détaille pas tout ici parce qu’on a un guide complet dédié à la connexion en van, mais retiens : pour travailler, vise plusieurs opérateurs et un vrai routeur, pas juste le partage de connexion de ton tel. Et surveille ta consommation de data, ça part vite à l’étranger.

L’énergie

Le système électrique d’origine d’un camping-car, c’est gentil pour faire briller une veilleuse, pas pour faire tourner deux ordinateurs huit heures par jour. On a dû upgrader sérieusement (panneaux solaires inclinables pour capter même l’hiver, plus des batteries nomades qu’on adore). Si tu bosses depuis ton van, considère que l’élec d’origine est insuffisante, point. C’est un budget, mais c’est ce qui fait que tu peux rendre ton boulot un jour de pluie sans paniquer sur ta jauge.

Le poste de travail

Alors là… grand moment de solitude. On a bossé des journées entières assis sur les banquettes de la dinette, et perso on finissait le dos en compote au bout d’une journée. Si t’as le budget, change tes sièges ou investis dans de quoi soutenir tes lombaires, ton dos te dira merci dans dix ans. On en parle plus en détail dans notre article sur le bureau nomade dans un van.



Comment on s’organise à deux dans 6 m2 (le vrai cœur du truc)

Voilà la partie que personne ne traite, parce que pour la raconter il faut l’avoir vécue. Travailler seul en van, c’est un défi. À deux, dans 6 mètres, c’est un sport.

Notre journée type s’est calée presque toute seule, sur un décalage naturel. Comme je devais bosser tous les matins pour mon employeur, Caroline en profitait pour faire son live Twitch le matin, au même moment. Pendant qu’elle parlait à sa communauté, moi j’avais le casque vissé sur les oreilles et je bossais. Et on était face à face.

Parce qu’il faut que tu visualises le décor : dans le Hymer, la partie repas, c’est deux banquettes qui se font face avec une table au milieu. Caroline d’un côté, moi de l’autre. Cette table n’est vraiment, mais alors vraiment pas large… et pourtant c’est devenu notre open space à deux. On prenait le bureau tous les deux en même temps, parce que c’était tout simplement le seul endroit du van avec une table. Pas de ton coin, mon coin. Un seul plan de travail pour deux, et on fait avec.

Et les appels clients dans tout ça, pendant que madame est en plein live ? J’ai trouvé LA solution, et je n’en suis pas peu fier : je m’enfermais dans la salle de bain, posé sur les toilettes. Voilà. Mon bureau d’angle, ma salle de réunion privée, mon espace de confidentialité, c’était les WC d’Édouard. Je l’ai découvert en cours de route, par nécessité, et franchement ça a tout changé. (D’ailleurs, petite boucle avec notre article sur le choix du véhicule : on avait posé WC plus douche comme confort non négociable. On ne savait pas encore que les toilettes deviendraient surtout ma cabine de visio.)

Le décalage horaire, justement, on l’a géré en amont d’une façon très simple : on est restés majoritairement en Europe. Avec un CDI et un employeur à l’autre bout du fil, je ne me suis jamais aventuré à plus d’une heure de décalage, pour ne pas être complètement à contretemps des gens avec qui je bossais. Je sais que certains arrivent à taffer depuis l’autre bout de la planète, mais très honnêtement, ce n’est pas mon délire : je ne crois pas qu’on soit ultra productif comme ça, et surtout je trouve que ça peut gêner les personnes en face. Quand t’as de vrais clients, tu cales ta géo sur ton fuseau, pas l’inverse.

Et puisqu’on est dans le sans-filtre, mon rituel du matin à moi ? C’est un rituel en mode galère. En sédentaire, t’as un bureau attitré : tu poses tes fesses, tout est déjà là. En van, c’était : sortir le matériel, le réinstaller, le ranger le soir, le ressortir le lendemain, le re-ranger, le ressortir… en boucle, chaque jour. Aujourd’hui, quand on reprend le camping-car de temps en temps, je me regarde faire et je me demande sincèrement : mais comment j’ai tenu ce rythme tous les jours pendant des années ? Je ne suis même pas sûr que j’en serais encore capable. La liberté du bureau-avec-vue, elle se mérite à coups de montage-démontage quotidien que tu ne verras jamais sur une story.



Es-tu fait pour bosser en vanlife ?

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Travailler en vanlife : vos questions, nos réponses vécues

Peut-on vraiment travailler et vivre en van ?

Oui, on l'a fait pendant plusieurs années avec Caroline, et on a même réussi à épargner. Mais ce mode de vie est très énergivore : tu cumules ton travail et toute la logistique nomade, donc ta productivité en prend un coup. La condition pour que ça tienne : arriver avec un métier ou des revenus déjà en place, pas avec un simple rêve.

Qu'est-ce qui est le plus dur quand on travaille en van ?

Pas la technique : la discipline. On l'appelle le démon de la nature, ce truc qui veut sans cesse te sortir de ton boulot pour aller voir le paysage. Sans routine régulière et sans priorités claires, le van te mange ta semaine de travail sans que tu t'en rendes compte.

De quoi a-t-on besoin pour travailler depuis un van ?

Deux postes non négociables : internet et énergie. Pour internet, vise plusieurs cartes SIM d'opérateurs différents et un vrai routeur, pas juste le partage de connexion du téléphone. Pour l'énergie, le système électrique d'origine est insuffisant pour faire tourner deux ordinateurs toute la journée : il faut upgrader (panneaux solaires, batteries nomades).

Comment s'organiser à deux pour travailler dans un van ?

Chez nous, ça s'est calé sur un décalage naturel : je bossais le matin pendant que Caroline faisait son live. On travaillait face à face sur la dînette, le seul endroit avec une table. Et pour les appels, je m'isolais dans la salle de bain. La clé : un seul plan de travail partagé et des moments décalés pour le bruit.

Peut-on garder son emploi salarié en télétravail depuis un van ?

Oui. De mon côté, après le COVID, j'ai négocié avec mon employeur un mi-temps en télétravail total, en échange d'une baisse de salaire. Ça demande un contrat de confiance et de calculer en amont le coût de la vie sédentaire vs en van. La transition peut être hybride : tu gardes un pied dans la sécurité.

Quel métier peut-on faire en van quand on part de zéro ?

Tout ce qui se fait en télétravail : rédaction, développement, design, marketing, gestion de réseaux, support, formation en ligne... On a détaillé les pistes concrètes dans notre article dédié aux jobs de digital nomad. Le principe : un métier qui ne dépend que d'un ordinateur et d'une connexion.

Comment gérer le décalage horaire avec ses clients ?

On est restés majoritairement en Europe, justement pour ça. Avec un employeur et des clients sur fuseau européen, je ne me suis jamais aventuré à plus d'une heure de décalage. Quand on a de vrais interlocuteurs, on cale sa géographie sur son fuseau pro, pas l'inverse.

Internet tient-il vraiment pour des visios toute la journée ?

Avec un setup sérieux, oui. En plusieurs années de route, les fois où on s'est retrouvés sans connexion se comptent sur les doigts d'une main (une fois dans l'Aisne, une autre sur l'île de Skye). Caroline streamait même en roulant. Mais ça suppose plusieurs opérateurs et un routeur, pas un simple forfait téléphone.

La vanlife fait-elle baisser la productivité ?

Honnêtement, oui. Entre la logistique quotidienne, les distractions et l'inconfort, on travaille moins efficacement qu'avec un bureau fixe. Ça se compense par de la discipline et une bonne organisation, mais il faut l'accepter au lieu de se raconter qu'on sera plus productif dans la nature.

Faut-il une adresse pour déclarer ses revenus quand on est nomade ?

Oui, c'est un vrai sujet : il faut une domiciliation pour son activité et son courrier. On a galéré au début (refus de domiciliation, solutions chez les proches puis domiciliation commerciale). On détaille tout ça dans notre article sur la fiscalité et l'administratif en vanlife.

Combien faut-il gagner pour vivre en van ?

Il n'y a pas de chiffre magique : ça dépend de ton train de vie, de ton véhicule et de ton rythme de route. On a des articles dédiés au coût réel (carburant, entretien, alimentation) et aux idées de revenus. Le bon réflexe : arriver avec un revenu ET une épargne de sécurité.

Comment ne pas cramer son épargne et devoir rentrer plus tôt ?

On a croisé beaucoup de voyageurs qui avaient mal calculé leur budget et ont dû rentrer dépités. Le van ne crée pas de revenus tout seul. Notre règle : avoir un métier en ligne avant de partir et garder un matelas de sécurité intact pour les imprévus (une panne, un mois creux), pour que rien n'arrête le voyage.



PS : si un jour tu m’appelles et que tu entends un petit écho bizarre dans ma voix, ne cherche pas. Je suis juste en réunion. Aux toilettes. Et quelque part, c’est ça, la vraie liberté du travail en vanlife.