Notre avis sur Settle Inn
Avantages
- Une vraie voûte en pierre dans la salle du fond
- L'accueil des habitués, une fois les dix premières secondes passées
- Trois cask ales qui tournent, conseillées de bon coeur
- Un bâtiment classé de 1733, avec le lion de son ancien nom encore en façade
Inconvénients
- Les dix premières secondes sont intimidantes, on se sent dévisagé
- Petit, très sombre, et on n'y sert pas à manger
À qui s'adresse ce lieu ?
- Ceux qui préfèrent un pub d'habitués à un bar à touristes
- Les amateurs de cask ale
- Les voyageurs qui redescendent du château de Stirling
Ni le plus beau ni le plus spectaculaire des pubs écossais, mais celui qui donne le plus fort la sensation d'entrer dans un pub qui vit encore avec ses habitués.
On est entrés dans ce pub en se demandant si on avait le droit d’y être. On en est ressortis avec des bises. Entre les deux, il s’est passé une heure, deux bières, et le genre de retournement qu’on ne peut pas provoquer.
Le Settle Inn, c’est au 91 St Mary’s Wynd, à Stirling, dans la montée qui mène au château. On y arrive en fin de journée, après avoir grimpé toute la vieille ville, traversé le cimetière de la Church of the Holy Rude et fait le tour du château. Autant dire qu’on avait les jambes un peu lourdes. Et l’idée n’était pas seulement de boire un verre : on voulait finir la journée dans un endroit qui fasse vraiment partie de l’histoire de la ville.
Les dix premières secondes, on n’en menait pas large
Il faut être honnête sur ce moment-là, parce que c’est lui qui rend tout le reste intéressant. On pousse la porte, et on a immédiatement la sensation d’être regardés par absolument tout le monde. Pas de l’hostilité, non.. juste cette seconde et demie de flottement où chaque habitué lève les yeux pour voir qui vient d’entrer. La phrase qui nous vient sur le moment, textuellement : « Ouh putain, qu’est-ce qu’on fout là ? »
On avance quand même, jusqu’au fond. Et c’est sans doute la meilleure décision de la soirée, parce que ce pub ne se joue pas du tout à l’entrée.
La salle du fond, sous une voûte en pierre
Au bout du couloir, la salle change complètement de nature. On passe sous une vraie voûte en pierre, brute, basse, avec des bancs de bois qui courent tout autour et des tables devant. Une grande fresque de forêt sur le mur, des guirlandes lumineuses le long de la voûte, et cette impression très nette d’être descendu dans une autre époque sans avoir changé de bâtiment.
Ça a rappelé quelque chose à l’un de nous deux : l’Amstel, à Cannes, qui avait lui aussi son espace voûté en sous-sol. Sauf qu’ici, ce n’est pas un décor qu’on a monté pour faire ancien. C’est la structure du bâtiment, et elle est classée.
Le lion rouge que personne ne lève la tête pour voir
Voilà le truc qu’on a photographié sans le savoir, et qu’on n’a compris qu’en rentrant. Juste au-dessus de l’enseigne, entre les deux fenêtres du premier étage, il y a un lion sculpté peint en rouge. Et juste en dessous, une petite pierre gravée d’initiales et d’une date : 1733.
Ce lion n’est pas une décoration. C’est le vestige du nom d’avant. La fiche de classement d’Historic Environment Scotland pour le 91 St Mary’s Wynd (référence LB41467, catégorie C, classé en février 1978) est laconique mais limpide : « Dated G T E G 1733 », puis, en tout et pour tout, une ligne d’intérêt particulier, « Formerly the Red Lion Inn ». Le Settle Inn s’appelait le Red Lion, et son lion est toujours accroché à la façade, avec l’enseigne actuelle boulonnée autour.
La même fiche décrit un bâtiment de deux étages plus comble, quatre fenêtres, enduit, avec des pignons à redents, ces gradins de pierre en escalier sur le rampant du toit qu’on voit bien sur la photo prise de l’angle de la rue. Et elle se termine par une remarque que les rédacteurs de 1978 n’ont visiblement pas eu envie d’adoucir : le rez-de-chaussée est « badly altered as public house », mal transformé en pub. On les imagine assez bien devant leur formulaire.

Le plus vieux pub de Stirling ? Ça dépend de ce qu’on appelle un pub
L’enseigne annonce « Established 1733 » deux fois, et à l’intérieur, un tableau noir accueille le client avec un « Auldest Pub in Stirling ». Sauf que la date de 1733 vient de la pierre gravée sur la façade. Elle date le bâtiment, pas l’activité de débit de boissons. Ce n’est pas un détail : c’est précisément là-dessus que se jouent la plupart des revendications d’ancienneté chez les pubs britanniques.
Et il y a un concurrent sérieux, à quelques minutes de marche. Le Nicky Tams, sur Baker Street, revendique 1718, soit quinze ans plus tôt. Alors qui a raison ? Honnêtement, on n’a pas la réponse, et on se méfie beaucoup des classements que personne ne peut sourcer.
Ce qui est amusant, c’est que le Settle Inn a l’air de le savoir. Dehors, l’enseigne est prudente et écrit « Stirling’s Oldest Alehouse », la plus vieille taverne, pas le plus vieux pub. Dedans, le tableau met « Auldest Pub in Stirling » entre guillemets, tout seul. Personne n’est dupe, et c’est plutôt sympathique.
Au comptoir, tout s’inverse
On commande, et c’est là que la soirée bascule. Le serveur, qu’on décrira gentiment comme ayant peut-être le même âge que le bar (il date de 1900, pour la blague), nous propose de choisir. On cherchait une bière légère. Il nous en a montré cinquante. Bon, peut-être pas cinquante, mais l’effet était là.
Juste en face, une cliente installée au comptoir, pieds nus, les pieds calés contre le bar. On lui demande conseil. Et finalement, plutôt que de trancher dans tout ce que le serveur venait d’aligner, on suit son conseil à elle. Bière légère, très sympathique, exactement ce qu’on cherchait. Merci madame.
Et à la fin, on nous fait la bise
Le reste s’est enchainé tout seul. Caroline s’est mise à discuter avec le barman, puis a fini par faire des photos avec lui derrière le comptoir. Elle s’est fait une copine avec la cliente du bar. Et des habitués sont venus carrément nous faire la bise. Une heure plus tôt, on se demandait si on n’allait pas ressortir aussi vite qu’on était entrés.
Ça nous a rappelé un pub d’Angleterre où on s’était arrêtés à l’aller, et où on était repassés un mois plus tard : les gens nous avaient reconnus. Ici, c’est pareil, et on se dit assez sérieusement que dans six ans, en repassant, quelqu’un nous dira « mais c’est vous qui êtes venus il y a six ans ! ».

Une nuance quand même, parce qu’on ne voudrait pas raconter n’importe quoi. On ne pense pas que le Settle Inn ne voie jamais personne : c’est un pub historique dans une ville touristique, il passe forcément du monde. Notre impression, c’est plutôt qu’ils ont l’habitude des curieux, mais beaucoup moins des gens qui s’intéressent à eux, aux personnes qui font vivre l’endroit, au point de vouloir les prendre en photo et en parler. Ça expliquerait pourquoi ça se réchauffe si vite quand ils comprennent la démarche.
Le jukebox, la scène de trois mètres et les pierres de curling
Trois détails valent le coup d’œil. D’abord l’âtre, juste à gauche en entrant : un poêle minuscule dont on se demande sincèrement comment il peut chauffer quoi que ce soit, et devant lui, posées sur la pierre, trois vieilles pierres de curling. On était venus en les ayant lues quelque part, on est repartis en les ayant vues.
Ensuite la musique. Elle sort d’un jukebox, ce qui ne se voit plus tellement, et pendant qu’on était là elle a envoyé du Bon Jovi, de l’Aerosmith, puis « Blackbird » et « Let It Be ». Rien de pointu, rien de travaillé, et c’est parfaitement raccord avec l’endroit.
Enfin, ce qu’on suppose être la scène. On dit bien « on suppose » : il y a des enceintes et un vieil iMac derrière, donc on en déduit qu’il s’y produit des musiciens. Mais quand on dit scène.. elle fait trois mètres sur trois, grand maximum. Il y a aussi, accrochée au mur juste à côté, une lettre encadrée du Telegraph pour son classement Best Pubs in the UK 2026 (on rapporte ce qui est au mur, on n’a pas épluché la liste).
Le vrai contraste : dehors le gris, dedans le refuge
Il y a un moment un peu comique où on réalise que le pub, pourtant très sombre, semble plus lumineux que le ciel écossais du jour. Et c’est là que quelque chose se met en place sur tout ce voyage : on comprend beaucoup mieux pourquoi les gens passent autant de temps à l’intérieur des pubs ici. Ce n’est pas un endroit où l’on boit, c’est un endroit où l’on se met à l’abri.
Le Settle Inn est à des années-lumière du pub de centre-ville moderne. Pas de néons, pas d’écrans avec du foot, pas de déco pensée pour être jolie sur une photo. C’est brut, sombre, ancien, et absolument pas standardisé. Ce n’est ni le plus spectaculaire ni le plus beau des pubs qu’on a faits en Écosse. C’est celui qui donne le plus fort la sensation d’entrer dans un pub écossais qui vit encore avec ses habitués.
À qui ça s’adresse
- Oui, sans hésiter : si vous cherchez un pub de quartier authentique, si l’idée de discuter avec des inconnus au comptoir vous amuse plutôt qu’elle ne vous angoisse, et si vous aimez les bières artisanales qui tournent.
- À savoir avant d’entrer : c’est petit, c’est sombre, et l’accueil met dix secondes à se déclencher. Si vous repartez au bout de trente secondes, vous serez passé à côté.
- Plutôt non : si vous cherchez un endroit lumineux, spacieux, avec une carte de plats et une déco léchée. Ce n’est pas du tout le sujet ici.
Et pendant que vous êtes à Stirling
Le Settle Inn se fait très bien en fin de parcours, parce qu’il est sur la même montée que le reste. On a raconté toute la ville, la vieille ville, la Church of the Holy Rude, son cimetière et le château dans notre guide de Stirling en road-trip. Et si vous cherchez où dormir sur place, on a aussi testé l’Allan Park Hotel, à dix minutes à pied de là.
Infos pratiques
PS : si vous y allez, ne restez pas dans la première salle. Allez au fond, sous la voûte. Et prenez le temps de lever les yeux vers le lion, en sortant.