La cour principale de l'université de Coimbra au Portugal, avec sa célèbre tour et des visiteurs se promenant sous un ciel bleu.

L’université de Coimbra, la deuxième fois fut la bonne (capes noires et théorie du cul)

Xavier 7 min
🏛️ Monument Paço das Escolas, 3004-531 Coimbra

Notre avis sur L’université de Coimbra, la deuxième fois fut la bonne (capes noires et théorie du cul)

5
5/5 — Excellent Notre avis

Avantages

  • La partie ancienne du Paço das Escolas, magnifique (surtout sans échafaudages)
  • Les étudiants en cape noire, une tradition encore vivante
  • La Biblioteca Joanina et son histoire (chauves-souris incluses)
  • La vue sur les toits rouges et le Mondego
  • Une des plus vieilles universités du monde (1290), classée UNESCO

Inconvénients

  • Ça grimpe sans arrêt, prévoir les jambes
  • Les bâtiments modernes du pourtour sont franchement moches
  • Le ticket se prend dehors, avant d'entrer
  • Photos interdites dans la Biblioteca Joanina

À qui s'adresse ce lieu ?

  • Amateurs d'histoire et de patrimoine
  • Voyageurs qui aiment les villes-musées
  • Ceux que quelques montées ne rebutent pas

Le clou de Coimbra, à condition de tomber sur la partie ancienne ouverte et d'avoir de bonnes jambes.

Bon, il aura fallu deux passages à Coimbra pour qu’on ait enfin droit au spectacle. La première fois, la partie ancienne de l’université était planquée sous des échafaudages, en pleine rénovation, et on était repartis un peu sur notre faim, sans avoir vu le clou de la ville. Cette fois, ni une ni deux, on remonte là-haut (parce que oui, à Coimbra, tout se mérite en grimpant), et là, forcément, ça nous en met plein les yeux. Le contraste est saisissant entre cette partie historique, magnifique, et les blocs modernes du pourtour, francs et carrés, chacun censé représenter un territoire, mais franchement moches. L’argument « une fac c’est fait pour étudier, pas pour être joli » tient à moitié quand on voit la merveille d’à côté.

La partie ancienne, enfin sans les échafaudages

Le Paço das Escolas, c’est le cœur historique, et c’est vraiment la plus belle partie. Une grande cour ouverte sur le ciel, des façades sculptées de partout, un portail manuélin qui en jette, la tour de l’horloge (que les étudiants surnomment « la chèvre ») qui veille sur tout ça, et des statues qui vous regardent monter les marches. On tourne, on lève la tête, on redescend, on recommence : c’est le genre d’endroit où on prend cinquante photos du même mur parce qu’à chaque angle il raconte autre chose.

Ce qui frappe, c’est que tout respire l’ancien ici, pour de vraies raisons. On est dans une des plus anciennes universités du monde encore en activité, et ça se sent dans l’atmosphère, dans l’usure douce de la pierre, dans le silence un peu solennel des cours intérieures. On se surprend à parler moins fort, comme dans une église (sauf que là, c’est une église du savoir).

Un peu d’histoire (et de géo, pour briller au dîner)

Petit détour par le passé, parce que celui-là vaut le coup. L’université a été fondée en 1290 par le roi Denis (Dom Dinis, oui, celui de la grande statue sur la place), sauf qu’au début elle a joué à la chaise musicale entre Lisbonne et Coimbra, avant de s’installer ici définitivement en 1537. C’est une des plus vieilles universités encore en activité au monde, et l’ensemble du Paço das Escolas est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2013. Détail qui plante le décor : Coimbra a carrément été la capitale du royaume du Portugal avant que Lisbonne ne récupère le titre.

Côté géographie, la ville s’accroche à une colline qui domine le Mondego, le plus long fleuve à couler entièrement en terres portugaises. L’université trône tout en haut, dans le quartier de l’Alta (la « ville haute »), et voilà pourquoi ça grimpe autant pour y arriver. Ma grande théorie du séjour n’est donc pas qu’une vanne, c’est de la topographie pure : dans cette ville, tu montes, tu descends, et à la fin de la journée tu as moins gagné en QI qu’en fessiers.

La Biblioteca Joanina et ses chauves-souris (véridique)

Si vous montez jusqu’ici, il y a une pièce à ne pas manquer : la Biblioteca Joanina, une bibliothèque baroque bâtie entre 1717 et 1728 sous le roi Jean V. C’est un joyau doré, boiseries sculptées et rayonnages remplis de livres anciens, le genre d’endroit qui te fait chuchoter tout seul. Et là, le détail qui tue : la nuit, elle est gardée par une colonie de chauves-souris qui dévorent les insectes mangeurs de papier. Un service de conservation gratuit, écolo et à poils, la classe.

Par contre, on ne vous montrera aucune photo de l’intérieur : c’est strictement interdit là-dedans (pour protéger les ouvrages). Alors on a rangé l’appareil et on s’est contentés d’ouvrir grand les yeux, comme des grands. Voilà pourquoi vous ne verrez pas la fameuse salle dorée dans nos clichés : on suit les règles, même quand ça nous démange.

Les capes noires, la tradition qui tient encore

Ce qui m’a le plus marqué, perso, ce sont les étudiants en cape noire. La fameuse cape de Coimbra, portée pour de vrai, pas pour la photo touriste. Cette tradition remonte à des siècles, elle s’accompagne de tout un folklore (les rubans de couleur selon la faculté, les rites de bizutage bon enfant, la serenata chantée le soir dans les ruelles), et je trouve ça chouette qu’on perpétue ce genre de chose. Ça donne au campus un cachet que rien d’autre ne remplace, une ambiance suspendue entre le Poudlard et le vrai.

Nous, forcément, on s’est contentés de poser comme deux touristes assumés sur les escaliers et les balcons, Caroline d’un côté, moi de l’autre, chacun à jouer les mannequins devant les façades sculptées. On ne va pas se mentir, on n’a pas la classe des étudiants en cape, mais on a fait ce qu’on a pu.

Droit, médecine, et le bâtiment qui marche sur la tête

Petit détail qui nous a fait marrer sur place : toutes les facultés sont là, à moins de 200 mètres les unes des autres. On passe de médecine à droit, de droit à lettres, sans même reprendre son souffle (enfin si, on reprend son souffle, on est à Coimbra, ça monte). La fac de maths a même une façade couverte de symboles, très fière d’elle. Concentration assez dingue pour un campus historique.

Et le gag du jour, c’est que le plus beau bâtiment est côté fac de droit, pas médecine. Voilà, « ça marche sur la tête » comme dirait l’autre : ceux qui vont soigner les gens héritent des murs les plus tristes, et ceux qui vont plaider ont droit aux plus belles pierres. Il y a un message caché là-dedans, mais je vous laisse le décoder.

La vue sur les toits et le Mondego

Et puis il y a le moment où on se retourne. De là-haut, la vue sur les toits rouges de Coimbra et le fleuve Mondego en contrebas, c’est franchement le genre de panorama qui justifie à lui seul toutes les marches avalées. On reste plantés là un moment, à souffler et à regarder la ville s’étaler, avec les collines vertes derrière et le fleuve qui coupe tout en deux.

Vue panoramique sur les toits de Coimbra avec la rivière Mondego et les collines verdoyantes en arrière-plan, sous un ciel dégagé au Portugal fin mars.

C’est peut-être ça, au fond, le vrai luxe de la vieille université : elle domine tout. Les rois y ont mis leur palais, les savants leur bibliothèque, les étudiants leurs capes, et nous, on y a juste posé nos baskets fatiguées pour prendre la plus belle photo de la journée.

Infos pratiques


: Paço das Escolas, quartier haut (Alta), 3004-531 Coimbra.
Type : université historique classée UNESCO ; la partie ancienne (Paço das Escolas, Joanina, chapelle São Miguel) se visite avec un billet.
Le piège à éviter : le ticket se prend à l’extérieur, AVANT d’entrer. Pensez-y en amont pour ne pas rester bloqués à la porte comme des bleus.
Photos : autorisées dans les cours et sur les façades, INTERDITES à l’intérieur de la Biblioteca Joanina.
Bonnes chaussures : oui. Ça grimpe. Toujours.

À voir aussi à Coimbra

On vous a raconté tout le reste du séjour (où dormir en van, quand venir, combien ça coûte, que faire autour) dans notre guide complet pour découvrir Coimbra en camping-car.

PS : si un jour vous croisez un couple qui remonte l’Alta en soufflant, l’un qui photographie les fleurs et l’autre qui parle de « beau derrière », c’est nous. Faites coucou, on aura sûrement besoin d’une pause.