Bacalhau com natas : recette portugaise de morue à la crème duo PDC

Recettes du Monde Xavier 6 min
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Le Bacalhau com natas : un pilier de la gastronomie portugaise

Alors, le bacalhau com natas, c’est typiquement le genre de plat qu’on adore croiser quand on traine un peu au Portugal, parce qu’il a ce pouvoir très simple et très fort de te faire comprendre en deux bouchées pourquoi la morue est presque une religion là-bas (oui, on commence direct avec un mot léger, personne ne s’emballe), avec cette idée qu’il existerait une recette par jour de l’année, ce qui nous fait toujours sourire, parce qu’on serait bien capables d’en tester une bonne partie si on nous laisse une table, un peu de temps et une cuisine pas trop petite.

Ce gratin-là, perso, on le trouve ultra attachant, parce qu’il raconte quelque chose de la cuisine portugaise sans faire de grand discours, il prend un produit humble, la morue salée et séchée, il lui colle de la crème, des pommes de terre, des oignons, un peu de douceur, un peu de caractère, et hop, ça devient un plat de réunion, de fêtes, de grandes tablées, de jours où on a envie de manger chaud et de rester assis longtemps (Caro appelle ça « un plat qui te garde à table », et elle a pas tort). Son histoire exacte, bon, elle flotte un peu entre plusieurs versions, certains parlent du Comte de Guarda, d’autres de João Ribeiro à Lisbonne, et franchement, on aime bien quand les recettes gardent une petite zone floue, ça leur évite de devenir des fiches techniques en costume.

Bacalhau com natas (morue à la crème portugaise)

Préparation 30 min
Cuisson 40 min
Total 70 min
Portions 4 personnes
Difficulté Moyen
Type Plat principal
portugaise

Ingrédients

4 pers.
  • 600 g de morue dessalée (bacalhau)
  • 1 kg de pommes de terre
  • 3 oignons émincés
  • 3 gousses d'ail écrasées
  • 400 ml de crème fraîche entière
  • 30 g de beurre
  • 30 g de farine
  • 300 ml de lait
  • 100 g de fromage râpé (gruyère ou parmesan)
  • Huile d'olive, sel, poivre, muscade
  • 1 bouquet de persil ou coriandre frais

Préparation

  1. La veille, dessaler la morue dans l'eau froide pendant 24h, en changeant l'eau plusieurs fois.
  2. Le jour J, faire pocher la morue 10 minutes dans l'eau frémissante. Égoutter, retirer peau et arêtes, émietter à la fourchette.
  3. Éplucher les pommes de terre et les couper en petits cubes. Les faire frire dans l'huile d'olive jusqu'à doré. Réserver sur papier absorbant.
  4. Dans une grande poêle, faire revenir les oignons émincés dans l'huile d'olive jusqu'à fondant et légèrement dorés. Ajouter l'ail en fin de cuisson.
  5. Préparer la béchamel : faire fondre le beurre, ajouter la farine, mélanger 1 minute. Verser le lait progressivement en fouettant. Ajouter la crème, sel, poivre, muscade.
  6. Dans un plat à gratin, mélanger les pommes de terre frites, la morue émiettée et les oignons confits.
  7. Napper de béchamel à la crème, parsemer de fromage râpé.
  8. Enfourner à 200°C pendant 25-30 minutes jusqu'à doré et bouillonnant.
  9. Parsemer de persil ou coriandre frais et servir bien chaud, accompagné d'une salade verte.

L’art du dessalage : l’étape non négociable

S’il y a un moment où on peut faire les malins deux minutes puis redescendre très vite sur terre, c’est bien celui du dessalage, parce que la morue, bah, elle pardonne pas vraiment l’improvisation. Si tu veux un bacalhau com natas qui reste gourmand et pas un hommage involontaire à l’eau de mer, il faut anticiper, prendre son temps, changer l’eau régulièrement, laisser la pièce jouer son rôle, bref, accepter que cette recette commence la veille (je vous voyais venir avec le « on verra demain »). Et ça, quelque part, on aime bien quand même, parce que ça oblige à ralentir un peu, à préparer sans se précipiter, à entrer dans le plat avant même qu’il soit sur la table.

Il y a aussi ce petit détail qu’on retient toujours, mettre la morue peau vers le haut pour aider le sel à descendre, et ce sont souvent ces micro-gestes qui font la différence entre une recette qu’on subit et une recette qu’on comprend vraiment (Docteur Xavier, diplômé de l’Université libre du « j’ai raté donc j’ai appris »). Une fois qu’elle est dessalée, la chair devient plus fragile, plus délicate, presque plus bavarde aussi, et il faut la traiter avec un minimum d’attention, sinon elle relâche trop d’eau et tout l’équilibre du gratin part un peu en freestyle… or le bacalhau com natas, si tu veux, son charme tient justement dans cette frontière entre générosité et tenue, entre le fondant et le côté net en bouche.

Les secrets d’une sauce crémeuse réussie

Le coeur du sujet, enfin pour nous, c’est cette sauce qui doit envelopper sans étouffer, rassurer sans plomber, avec ce mélange de béchamel et de natas qui fait tout de suite basculer le plat dans la catégorie « confort sérieux ». On peut vite croire que c’est juste une affaire de crème, alors qu’en vrai, ce qui change l’ambiance, c’est la profondeur du goût, le petit supplément marin qu’on récupère dans le lait de pochage bien filtré, la muscade qui arrive sans faire sa star, le poivre blanc qui remet un peu d’ordre, et parfois une pointe de moutarde pour réveiller tout ça (oui je sais, dit comme ça, on se croirait dans une émission culinaire de 2009 un dimanche matin).

Et puis il y a les pommes de terre, sujet sensible s’il en est, parce que dans ce plat on n’a pas envie d’une texture molle qui s’écrase dans la sauce comme une mauvaise résolution prise en janvier. Ce qu’on aime, c’est justement ce contraste, ce petit relief, ce truc qui fait que la morue, les oignons, l’ail, la crème et le gratiné final se répondent au lieu de fusionner en bloc anonyme (formule scientifique du jour : moelleux + relief + gratiné = on ressert sans réfléchir). Quand tout ça est bien pensé, vous obtenez un plat qui paraît simple au premier regard, mais qui repose sur plein de petits réglages invisibles, et c’est souvent là que les recettes les plus chaleureuses se cachent, dans les détails qui ont l’air de rien.

Variantes régionales et anecdotes de voyage

Comme tous les plats qui vivent vraiment, le bacalhau com natas change un peu selon les coins, les maisons, les habitudes, et heureusement d’ailleurs, sinon on finirait par surveiller les assiettes des gens avec un sifflet d’arbitre (ce serait gênant, quand même). En Algarve, la coriandre vient parfois mettre son grain de sel, à Porto certains aiment pousser le curseur plus rustique avec un peu de chouriço, et nous, on trouve ça plutôt sain qu’une recette laisse un peu d’air autour d’elle. C’est d’ailleurs ce qu’on aime dans la cuisine portugaise, ce mélange de repères très solides et de libertés tranquilles, le même esprit qu’on ressent aussi dans un porc aux palourdes à l’Alentejano, autre grand classique terre-mer qui nous parle beaucoup.

On se rappelle encore de la première vraie rencontre avec ce plat pendant un road trip au Portugal, dans une ambiance toute simple, sans folklore forcé, juste une assiette qui arrive, une odeur qui calme tout le monde, et ce moment où l’on se regarde avec Caro en mode « bon… on va clairement refaire ça à la maison » (et Xavier, en aparté, faisait déjà le mec détendu alors qu’il pensait surtout à une deuxième portion). Pour l’accompagner, un vin blanc sec ou un Vinho Verde fait très bien le boulot, et si vous avez envie de pousser le repas un peu plus loin sans vous compliquer la vie, finir sur des pasteis de nata, c’est franchement une très belle idée. Les restes, eux, se tiennent bien aussi, ce qui est toujours une qualité hautement sous-cotée dans la vraie vie, celle où on a faim le lendemain midi, peu de courage, mais encore assez de lucidité pour se dire que ce gratin-là, quand même, mérite largement sa place dans nos classiques de retour de voyage..

PS: si un plat peut à la fois te donner envie de repartir à Lisbonne et de rester en chaussettes dans ta cuisine, on considère que le contrat est rempli.