Terrasse animée de la Bodeguita Salinas à Tavira en soirée d'été : groupes attablés autour des fûts de vin transformés en mange-debout, enseigne « Tapas & Vinos », lumière des lampadaires.

La Bodeguita Salinas, le petit bar à tapas de Tavira qui ferme la rue pour nous asseoir

Xavier 9 min
🍽️ Restaurants Rua 4 de Outubro 30, 8800-362 Tavira, Portugal

Notre avis sur La Bodeguita Salinas, le petit bar à tapas de Tavira qui ferme la rue pour nous asseoir

4
4/5 — Très bien Notre avis

Avantages

  • Des vins de table nettement au-dessus de la moyenne de Tavira
  • Des doses de vin généreuses pour 3,50 à 5 € le verre
  • Une playlist qui fait beaucoup pour l'ambiance, bien plus souvent bonne que mauvaise
  • Une terrasse qui confisque toute la rue en été
  • Un quartier d'azulejos juste à côté, à deux pas du centre historique

Inconvénients

  • Un intérieur d'une quinzaine de mètres carrés seulement, tout se joue dehors selon la météo et la saison
  • Des tapas simples, avec un maquereau qui vient de la conserve
  • Il faut arriver tôt en plein été pour avoir une table assise

À qui s'adresse ce lieu ?

  • Les amateurs d'apéro à deux plutôt que de dîner assis
  • Les voyageurs qui veulent boire mieux sans payer plus
  • Ceux qui découvrent Tavira et cherchent une première adresse simple

Notre repaire à tapas de Tavira, où on vient autant pour le verre et l'ambiance que pour l'assiette.

Ne cherchez pas la salle, il n’y en a pas.

Enfin si, il y en a un, d’intérieur. Une seule entrée, pas de traversée possible, vous ressortez par où vous êtes venu. Et dedans, il y a quoi ? Une quinzaine de mètres carrés, un bar assez petit, une cuisine cachée derrière un grand drap, et les toilettes. Voilà, c’est tout, vous avez fait le tour. Alors l’été, le bar fait la seule chose qui a du sens quand on est trop petit pour ses clients : il pose des barrières aux deux bouts de la rue, il la ferme aux voitures, et il installe ses tables dessus.

Terrasse animée de la Bodeguita Salinas à Tavira en soirée d'été : le bar à tapas et vins occupe la rue fermée aux voitures, plusieurs groupes attablés en extérieur.

Résultat, à partir du printemps, une rue entière de Tavira devient la terrasse d’un bar à tapas. Des fûts de vin plantés au milieu servent de mange-debout, les gens restent autour un verre à la main, et personne ne trouve ça bizarre. Nous, ça fait trois ou quatre saisons qu’on revient s’asseoir dans cette rue confisquée, et on n’a toujours pas envie d’arrêter.

La devanture blanche et bleue de la Rua 4 de Outubro

Le bar se trouve tout près d’un rond-point, en position de bout, ce qui lui donne ce côté petit repère posé à un angle de rue. On le repère de loin à sa façade blanche et bleue, très algarvienne, et surtout aux ardoises accrochées au mur : la liste des tapas d’un côté, la carte des vins de l’autre, tout écrit à la craie, avec les prix. Pas de menu plastifié, pas de photos de plats, pas de rabatteur qui vous tombe dessus.

Juste à côté, ce sont de petites maisons traditionnelles portugaises avec leurs azulejos. Caroline y tient beaucoup, et elle a raison : le bar ne flotte pas hors-sol, il est posé dans un morceau de Tavira particulièrement réussi. On est à quelques minutes du centre historique, sur ce chemin qu’on refait à chaque séjour sans jamais s’en lasser (et si vous vous demandez pourquoi on parle autant de cette ville, on a écrit tout un article sur pourquoi Tavira est pour nous la plus belle ville de l’Algarve).

Notre repaire, saison après saison

Il y a des adresses qu’on teste une fois pour l’article, et il y a celles où on retourne pour nous. La Bodeguita Salinas est clairement dans la seconde catégorie. On s’y installe sans réfléchir, on connaît les chaises, on connaît le rituel, et c’est exactement pour ça qu’on y va. Ce n’est pas un restaurant, ce n’est même pas vraiment une adresse gastronomique, c’est un bar de tapas et de vin où on a envie de rester.

Ce que Caroline aime en premier, c’est justement que ce bar soit tout petit. Ça lui donne un charme de bar pignon sur rue, le genre de décor qu’on imagine dans une ville côtière filmée au cinéma, quelque part entre le méditerranéen et le latino. Moi je suis plus terre-à-terre : entre les fûts, les ardoises et les patrons derrière le comptoir, j’ai surtout l’impression d’être dans un film de Quentin Tarantino, celui où tout le monde discute pendant vingt minutes autour d’un verre.

Il y a un détail auquel Caroline est très attachée, et qui fait beaucoup pour l’identité du lieu : les playlists. Elles sont bien plus souvent bonnes que mauvaises, et c’est franchement rare pour un bar de cette taille. Pendant longtemps c’était du blues, un peu de country américaine, une ambiance détente qui donnait la sensation de voyager ailleurs tout en restant assis à Tavira. Cette fois, c’était plus salsa, plus reggaeton, sympa aussi mais elle avait un faible pour l’ancienne formule.

Autre détail bête et pourtant décisif : on y est bien assis. Les chaises de terrasse sont de petites chaises en bois à toile verte, pliantes, du genre qu’on empile en trente secondes le soir venu. Ça n’a l’air de rien, mais après une saison entière de grosses chaises en plastique blanches partout ailleurs, c’est nettement plus agréable, et ça participe au charme du lieu autant que le reste.

Côté clientèle, il y a un petit contraste amusant. Sur le papier, les noms qu’on entend appeler sonnent plutôt portugais. Mais dès qu’on tend l’oreille en terrasse, ça parle beaucoup anglais, et même pas mal français. C’est un bar bien ancré localement mais fréquenté par une clientèle très internationale, ce qui n’a rien d’étonnant pour Tavira en plein été.

Les tapas : simples, et c’est très bien comme ça

On commence toujours pareil, deux Imperial, les petites bières portugaises de 20 centilitres, et on regarde l’ardoise. Ce jour-là on a pris quatre tapas : du chorizo, du jambon, du fromage et du maquereau. Attention au chorizo, ici ce n’est pas le gros chouriço flambé au brandy à la portugaise, ce sont simplement des tranches de chorizo ibérique posées sur une planche. Simple, efficace, parfait avec la bière.

L’assiette de jambon ibérique, c’est du jambon cru espagnol, et là on monte d’un cran en gamme : c’est franchement ce qui se fait de mieux dans ce registre-là. Le fromage de chèvre frais au miel et aux noix a été notre bonne surprise, d’autant qu’il est identifié comme un Monte Pereiro, ce qui prouve qu’il y a quand même, au moins sur certains produits, une vraie logique de sourcing derrière l’apparente simplicité de la carte.

Le maquereau, soyons honnêtes, relève plutôt du registre conserve, boîte de qualité, ce qui est parfaitement cohérent avec le format du lieu. On a complété avec une tartine de presunto ibérico, du pain d’a casa frotté d’huile d’olive, de tomate et de pimenta, avec le jambon posé dessus, et avec les tiras de choco frito. Malgré le nom qui pourrait faire penser au poulpe, ce sont des beignets de seiche à la mayonnaise à l’ail, et ils partent tout seuls.

Le verdict est simple, et il faut le prendre avec le bon niveau d’exigence : oui, c’est bon, mais on n’est pas dans la grande gastronomie. Difficile de rendre un jugement gastronomique sur une tranche de chorizo, hein. On est dans du sur le pouce, une sorte de finger food version espagnole-portugaise, et les tapas sont généralement assez bonnes sans jamais chercher la complexité. C’est une adresse pour les soirs où on se dit « vas-y, on va manger des tapas sur le pouce », pas pour un dîner d’anniversaire.

Si c’est un vrai repas que vous cherchez à Tavira, on a d’autres adresses pour ça, comme le Nikita et sa patte française, ou le 37 Casa de Pasto et sa carte courte bio et locale. La Bodeguita, elle, joue un tout autre rôle dans la soirée.

Le vrai bon plan, c’est le vin

Voilà le point où le lieu se détache vraiment de la concurrence. Les vins servis ici sont généralement supérieurs à ce qu’on trouve dans beaucoup de restaurants de Tavira, et plus largement au Portugal, quand on commande le vin de table bon marché. Ce ne sont pas des vins chers, c’est autre chose : des vins pas chers de meilleure qualité, ce qui n’est pas du tout la même expérience.

Ce soir-là on a bu du Quinta Sá de Baixo, le vinho da casa du Douro, servi au verre autour de 3,50 €. L’ardoise propose aussi du Britango du Douro, de l’Alva Magna du Dão et du Paxá, un algarvien, entre 4 et 5 € le verre, avec les bouteilles autour de 14 à 18 €. Et détail qui compte quand on reste un moment : les doses sont généreuses, largement plus que la moyenne du secteur.

Ce qu’on aime y faire

Le programme type, chez nous, tient en quatre lignes : une petite bière fraîche pour commencer, un verre de vin ensuite, quelques tapas à partager, et parfois un petit burger à 9 balles quand la faim s’invite pour de bon. Ce n’est pas spectaculaire, ce n’est pas censé l’être, et pourtant ça fait totalement le job à chaque fois.

Terrasse de la Bodeguita Salinas à Tavira en soirée, groupes attablés dans la rue sous l'éclairage urbain du centre historique.

Le meilleur moment reste la soirée, quand la rue se remplit, que les lampadaires s’allument et que les groupes s’agglutinent autour des fûts. C’est là que le lieu prend toute sa dimension, et c’est là aussi qu’il faut arriver un peu tôt si on veut une table assise plutôt que rester debout. En plein mois d’août, la rue se remplit vite, surtout entre 19 h et 21 h.

Infos pratiques


: Rua 4 de Outubro nº 30, 8800-362 Tavira, tout près du rond-point, façade blanche et bleue.
Type : bar à tapas et vins, pas un restaurant classique. L’intérieur fait une quinzaine de mètres carrés (bar, cuisine cachée derrière un drap, toilettes), tout se passe donc en terrasse.
Saison : c’est en été que la rue est fermée aux voitures et que la terrasse prend toute la place. Hors saison, le format est forcément beaucoup plus réduit.
Ce qu’on prend : jambon ibérique, chèvre frais au miel et aux noix, tiras de choco frito, tartine de presunto ibérico, et un verre de Quinta Sá de Baixo.
Budget : tapas de 4 à 8,50 €, tartines autour de 7 à 7,50 €, burgers de 9 à 14 €, vin au verre de 3,50 à 5 €.
Ce qu’on en retient : notre repaire à tapas de Tavira, où on vient autant pour le verre et l’ambiance que pour l’assiette.

PS : si un jour vous passez et que la playlist est repartie sur du blues, faites-nous signe. Caroline reprendra un verre de Quinta Sá de Baixo juste pour fêter ça, et moi je resterai bien deux heures de plus à regarder la rue se remplir.