Notre avis sur Waxy O'Connor's
Avantages
- Un décor de boiseries d'église récupérées qu'on ne voit nulle part ailleurs
- Six bars sur trois niveaux : on visite avant même de commander
- Des prix raisonnables pour Glasgow (14 à 17 £ le plat)
- De petites lumières dans les marches, détail malin dans un lieu très sombre
Inconvénients
- Le mac and cheese divise : pâtes très molles pour qui aime l'al dente
- Bondé le vendredi et le samedi soir, et on ne voit alors plus rien du décor
- En plein centre-ville, donc loin du West End
À qui s'adresse ce lieu ?
- Ceux qui veulent, en passant une porte, se retrouver ailleurs
- Les amateurs d'architecture intérieure et de bois travaillé
- Qui cherche à bien manger à Glasgow sans exploser son budget
Le décor vaut à lui seul le détour, et l'assiette suit sans faire payer l'attraction. À faire si vous passez par Glasgow.
« Putain, mais là c’est trop bien, viens, on s’assoit là. »
On a dû dire cette phrase quatre fois. Quatre fois, en montant un escalier de plus, en poussant une porte de plus, dans un pub où on n’avait toujours rien commandé. Waxy O’Connor’s, c’est au 44 West George Street, en plein centre de Glasgow, une grande arche en pierre coincée dans une rue de bureaux, et derrière cette arche, un endroit qu’on n’a vu nulle part ailleurs.
On y était déjà passés lors de notre premier séjour à Glasgow, emmenés par une amie de Caroline qui connaissait la ville. On en était ressortis avec une image très nette dans la tête, et forcément, en y retournant en août, il y avait la petite trouille de retrouver l’endroit moins beau que dans le souvenir. Ça n’a pas raté, mais dans le bon sens. Clairement, quand on rentre, on prend une claque.
Le bois de ce pub n’a pas été fabriqué pour ce pub
Voilà le truc qui m’a titillé pendant tout le repas sans que j’arrive à mettre le doigt dessus. Les boiseries sont trop finies, trop travaillées, trop sérieuses. Ces panneaux à arcatures, ces trèfles gothiques, ces balustrades sculptées, ça ne ressemble pas à de la déco de pub commandée sur catalogue, ça ressemble à du mobilier qui a servi ailleurs. Et en fait, c’est exactement ça.
Waxy O’Connor’s Glasgow a ouvert en 1999, et son décor a été monté à partir de boiseries d’église récupérées, de vitraux et de sols carrelés de réemploi, répartis sur six bars et trois niveaux reliés par un dédale d’escaliers et de passages. Ce n’est pas moi qui l’invente, c’est l’exploitant lui-même, le groupe Glendola Leisure, qui décrit son pub comme ça. Donc quand on a la sensation de s’asseoir dans une stalle d’église, ce n’est pas une impression romantique de fin de soirée. C’est littéralement du mobilier d’église, démonté quelque part et remonté ici.
Et pour l’histoire du bâtiment lui-même, petite surprise : avant Waxy’s, l’adresse abritait dans les années 80 et 90 un établissement qui s’appelait Carnegie’s. Ce pub irlandais gothique n’est donc pas là depuis des siècles, il a moins de trente ans, ce qui rend le résultat encore plus fort quand on sait que tout ça a été assemblé de toutes pièces.
Impossible de choisir où s’asseoir
On a fait plusieurs fois le tour du pub avant de poser nos fesses quelque part. Pas parce qu’il n’y avait pas de place, il y en avait. Parce que chaque nouveau recoin donnait envie de changer d’avis. On avance de dix mètres, on monte trois marches, et là il y a un autre espace, un autre plafond, une autre lumière, et Caroline dit « ah bah non, viens, on s’assoit là, c’est encore plus beau ». Puis encore : « viens, on se met à côté des trucs en bois, c’est encore plus joli ».
Le décor est dominé par le bois du sol au plafond, avec des banquettes en cuir, des passages, des escaliers, des mezzanines, et par endroits l’impression franchement dingue que des arbres entiers montent à travers le pub pour aller s’enfoncer dans le toit. On retrouve tous les codes visuels qu’on imagine quand on pense « pub », sauf qu’ils sont poussés à un niveau qui n’a plus rien de raisonnable.
Détail que j’ai trouvé malin, et qui dit bien que le lieu est pensé et pas juste décoré : c’est très sombre partout, et il y a de petites lumières installées au niveau des marches. Résultat, on circule dans les escaliers sans se casser la figure, alors qu’on est en permanence en train de regarder en l’air.
Au bout du compte, on a fini par s’installer, et le plaisir du lieu venait déjà en grande partie de cette balade. On avait visité le pub avant même d’y boire quoi que ce soit.

Alors, cet arbre au milieu du pub ?
C’est l’élément que tout le monde raconte, et c’est aussi celui sur lequel j’ai lu le plus de bêtises, dont certaines que j’avais moi-même notées de travers. Alors autant remettre les choses au clair, parce que la vraie histoire est plus jolie que celle qui circule.
L’arbre de la marque Waxy O’Connor’s, celui dont on parle partout, est un hêtre planté il y a environ 250 ans dans les Midlands irlandais, mort naturellement en 1994. Un menuisier local l’a débité, et les morceaux ont été expédiés puis « replantés » à l’intérieur du pub en août 1995. Sauf que ce pub-là, c’est celui de Londres, et l’histoire est racontée par le pub de Londres lui-même.
Le Waxy’s de Glasgow, lui, a ouvert quatre ans plus tard, en 1999, et il a bien son arbre à lui, qui traverse toute la hauteur de l’atrium sur trois étages. Mais son exploitant n’en donne ni l’essence ni l’âge. Donc si on vous dit que l’arbre de Glasgow est un orme de 250 ans sculpté dans un tronc unique, méfiance : ce n’est pas de l’orme, l’histoire des 250 ans appartient à Londres, et le surnom de « Tree of Life » qu’on lit un peu partout n’apparaît sur aucune source officielle du lieu. Ça n’enlève rien au spectacle, ça remet juste la légende à sa place.
Non, ce n’est pas un pub unique au monde (et on s’en fiche un peu)
Deuxième chose que je croyais et qui mérite d’être corrigée. En sortant, j’ai dit à Caroline que ce n’était clairement pas le genre de pub qu’on croise à tous les coins de rue. Sur le décor, ça reste vrai. Sur l’enseigne, un peu moins : Waxy O’Connor’s est une marque du groupe Glendola Leisure, et il en existe un deuxième à Londres, dans le quartier de Chinatown.
Autre formule qu’on lit en boucle sur le web francophone, et qu’on avait nous-mêmes reprise : « l’un des plus beaux pubs d’Europe ». Je n’ai trouvé aucun classement sérieux et sourçable derrière cette phrase. C’est une formule de communication qui se recopie de site en site. Le pub est magnifique, ça n’a pas besoin d’un faux palmarès pour tenir debout.
Tant qu’on est dans les noms, celui du pub vaut le détour lui aussi. Waxy O’Connor, de son vrai nom Finbar O’Connor, était un fabricant de bougies dublinois né en 1788. À seize ans, il suit son père dans le métier, et on finit par le surnommer « Waxy », le cirier. Un bar nommé d’après un ouvrier chandelier, ça pose bien le programme d’un endroit où presque toute la lumière vient de lampes basses et de vitraux.
Ce qu’on a mangé, et ce que ça coûte
Le décor aurait très bien pu servir de prétexte à faire payer une attraction. Ce n’est pas le cas, et c’est peut-être ce qui nous a le plus étonnés dans une ville où on avait trouvé le rapport prix prestation sévère depuis notre arrivée. La carte est courte et lisible : les petites assiettes tournaient entre 7 et 9 £, les grandes entre 14 et 17 £.
La carte assume son côté irlandais sans tomber dans le folklore : saucisse Ballymaloe, boudin noir de Clonakilty, sauce curry McDonnells, chowder maison au haddock fumé et au saumon. Et comme on est quand même à Glasgow, le petit-déjeuner servi toute la journée glisse tranquillement du haggis et une tattie scone au milieu de tout ça.
Caroline a pris le Guinness mac and cheese, gratiné avec des oignons croustillants et de la chapelure aux herbes, servi avec une tranche de pain à l’ail rôti. J’ai pris un burger, servi dans un pain brioché aux graines de sésame avec des frites et une salade de chou aux jalapeños. Le mien était très bon, franchement au dessus de ce que j’attendais d’un pub de centre-ville.
Le mac and cheese, on n’est pas d’accord
Et là, il faut que je dise les choses honnêtement plutôt que de faire semblant d’être d’accord pour la photo. Caroline a trouvé son mac and cheese bon. Moi, j’ai goûté, et les pâtes étaient très molles, très loin d’une cuisson italienne. On a eu exactement la même assiette sous les yeux et on n’en est pas ressortis avec le même avis.
Ça ne nous a pas gâché le repas, et je pense sincèrement que ça dépend de ce qu’on attend d’un mac and cheese. Si vous le voyez comme un plat réconfortant fondant, vous serez du côté de Caroline. Si vous avez une religion sur l’al dente, vous serez du mien. Le reste de la carte a l’air suffisamment large pour que la question ne se pose pas.
L’eau pétillante qu’on ne nous a pas facturée
Petit moment de flottement à l’addition : l’eau pétillante qu’on avait commandée n’y était pas. Pas une bouteille, mais de l’eau servie depuis un système de distribution, remplie directement au comptoir. Sur le coup on a cru à un geste sympa du serveur, et dans une ville qu’on trouvait chère, ça nous avait touchés.
En vérifiant après coup, c’est plus intéressant que ça, et c’est une info qui sert pour tout un voyage en Écosse. Le Licensing (Scotland) Act 2005 impose à tout établissement titulaire d’une licence d’alcool, donc à tous les pubs, bars et restaurants qui servent de l’alcool, une condition très simple, écrite noir sur blanc à l’annexe 3 : l’eau du robinet potable doit être fournie gratuitement sur demande. Le pub peut techniquement facturer le verre, pas l’eau.
La nuance honnête, c’est que la loi parle bien de l’eau du robinet, pas de la pétillante. Que Waxy’s ne nous ait pas compté l’eau gazeuse du distributeur, ça, c’est la maison qui va au delà de ce qu’on lui demande. Mais retenez la règle : en Écosse, demander une carafe d’eau dans un pub n’est pas un service qu’on vous rend, c’est un droit.
À qui ça s’adresse
Je vais reprendre la formule que j’ai sortie à Caroline en repartant, parce que je n’arrive pas à faire mieux : ça s’adresse à tous ceux qui ont envie, en passant une porte, d’être transportés dans un monde qu’ils n’ont jamais vu. C’est très exactement ce qui se passe. Le décor, les niveaux, le bois, l’obscurité et la musique très britannique qui tourne en fond vous sortent de la ville pendant deux heures.
Si vous venez pour une pinte et un match, ça marche aussi, mais vous passez à côté. Le bon plan, c’est plutôt d’y aller en début de service ou en creux d’après-midi, quand il y a assez peu de monde pour se permettre de faire le tour des six bars sans déranger personne. Un vendredi soir à vingt-deux heures, vous ne verrez rien du décor.
Et pendant que vous êtes à Glasgow
Waxy’s est en plein centre, donc à combiner facilement avec le reste. À une petite vingtaine de minutes de métro vers l’ouest, il y a l’Université de Glasgow et ses arches, qui joue dans la même catégorie que le pub côté claque visuelle, et pas très loin de là le Stravaigin, le restaurant du West End où on avait mangé les meilleures moules de notre vie. Le reste de nos étapes est regroupé dans notre guide de Glasgow en road-trip.