Les Cloisters de l'universite de Glasgow, aussi appelees Undercroft : le passage voute qui relie les deux cours interieures, avec vue sur la facade et l'arbre au centre de la cour. Ce cloitre arbore est l'un des spots les plus photographies de la ville.

Université de Glasgow

Xavier 14 min
🏛️ Monument University Avenue, Glasgow G12 8QQ, Écosse

Notre avis sur Université de Glasgow

4.5
4.5/5 — Excellent Notre avis

Avantages

  • Le passage voûté des Cloisters, et la lumière écossaise qui change en permanence dessous
  • Accès libre aux extérieurs, et Hunterian Museum gratuit sur le campus
  • Dix minutes à pied du West End, collé à Kelvingrove Park
  • Une architecture néo-gothique massive, spectaculaire même sous un ciel gris

Inconvénients

  • La visite reste essentiellement extérieure, sans parcours fléché ni salles à traverser
  • Une heure sur place suffit, ça ne remplit pas une journée à soi seul

À qui s'adresse ce lieu ?

  • Les amateurs d'architecture néo-gothique et de vieilles pierres
  • Ceux qui n'ont qu'une journée à Glasgow et veulent un seul gros spot patrimonial
  • Les photographes et vidéastes, pour les jeux de lumière sous les arches

Le spot patrimonial à ne pas rater si on ne fait qu'une journée à Glasgow, et le meilleur endroit du West End pour filmer la lumière écossaise.

Sous les arches, la lumière s’allume et s’éteint toutes les quinze secondes. C’est la météo de Glasgow qui tient l’interrupteur, et nous, on est restés plantés là, sans rien faire d’autre que regarder passer les rayons.

Mais bon, reprenons dans l’ordre, parce que je commence toujours par la fin. On est partis de l’hôtel dix minutes plus tôt, tranquilles, sans idée précise derrière la tête. Le West End c’est ça : tu remontes une rue de grès un peu grise, bordée d’arbres, avec des fenêtres en saillie partout, tu lèves les yeux au bout de la rue, et il y a une tour qui dépasse des arbres et qui a très clairement une gueule de cathédrale. Sauf que non. C’est une université.

Une université qui prend toute la place, tout de suite

Le truc qui frappe en arrivant, avant même l’architecture, c’est la taille. On ne parle pas d’un joli bâtiment ancien posé au bout d’une pelouse, on parle de façades qui n’en finissent pas, de blocs de pierre taillés bien carrés, empilés sur une hauteur qui te fait automatiquement reculer de trois pas pour essayer de tout faire rentrer dans le cadre (spoiler : ça ne rentre pas, j’ai essayé une bonne dizaine de fois). Et là tu prends conscience de ce qu’on était capable de construire à l’époque, sans grue, sans rien.

Perso, ce que j’ai ressenti en arrivant, c’est qu’on était devant une université importante. Pas juste « la fac du coin », quelque chose qui compte pour la ville et probablement bien au-delà. Je le dis comme je l’ai ressenti, sans avoir fait de recherche sur le moment, avec juste la présence du campus qui te met ça dans la tête en trente secondes. Elle a été fondée en 1451, et honnêtement ça se sent avant même de le savoir.

Et pour une fois, l’intuition tenait la route. L’université a été créée le 7 janvier 1451 par une bulle du pape Nicolas V, obtenue par l’évêque William Turnbull à la demande du roi Jacques II. Ça en fait la quatrième plus ancienne université du monde anglophone, derrière Oxford, Cambridge et St Andrews, et l’une des quatre universités dites anciennes d’Écosse. Donc non, ce n’était pas juste une impression de touriste impressionné par des grosses pierres.

Facade de l'universite de Glasgow sur une cour interieure, avec ses arches et sa tour, dans le West End.

Les cabines rouges devant la façade (on n’a pas résisté)

Alors oui, c’est le cliché absolu, on le sait. Il y a un alignement de cabines téléphoniques rouges juste devant la façade, et forcément on s’est arrêtés, et forcément on a sorti l’appareil, et forcément on a fait la photo. Caroline d’abord, moi ensuite, chacun son tour, avec la tour néo-gothique derrière et l’air de celui qui passait par là par hasard (personne n’est dupe, moi le premier).

Ce qui est marrant, c’est que le rouge de ces cabines est à peu près la seule couleur franche du décor. Tout le reste, c’est de la pierre, du gris, du brun clair, du ciel chargé. On sortait du Portugal, on a l’œil habitué aux maisons blanchies à la chaux et aux bandes colorées autour des fenêtres, et là chaque tache de couleur ressort dix fois plus qu’elle ne le ferait ailleurs.

Entre la cathédrale et l’université

C’est la phrase qui m’est sortie tout seul sur place et je n’ai pas trouvé mieux depuis : on est entre la cathédrale et l’université. Les grandes baies en arc brisé, les vitraux, les tourelles, une flèche surmontée d’une croix, la verticalité de l’ensemble.. tout te dit « lieu de culte », et pourtant on est bien dans un endroit où des gens passent des examens. Le mélange est vraiment troublant, et c’est probablement ce qui rend l’endroit aussi photogénique.

Sauf que voilà le meilleur, et je ne le savais pas en le disant : cette sensation n’est pas une lubie de visiteur. L’université est littéralement née dans la cathédrale. Les tout premiers cours se donnaient dans la salle capitulaire de la cathédrale de Glasgow, une poignée de maîtres et une trentaine d’étudiants, avant que l’ensemble ne bouge vers Rottenrow puis vers la High Street. Donc quand je dis qu’on est entre la cathédrale et l’université.. on est en fait exactement à l’endroit où les deux n’en faisaient qu’une.

Techniquement, le coeur de ce que tu regardes, c’est le Main Building et la Bute Hall, du néo-gothique de la fin du XIXe conçu par George Gilbert Scott. Donc, pour être clair : le bâtiment est beaucoup plus jeune que l’université elle-même (pour les gens normaux, ça veut dire que la fac a environ quatre siècles de plus que les murs qu’on prend en photo). Ça n’enlève rien, ça explique juste pourquoi tout paraît si homogène.

Scott est d’ailleurs mort en 1878 sans voir la fin de son chantier, et c’est son fils John Oldrid Scott qui a terminé le travail : la Bute Hall, les Cloisters, et surtout la tour, achevée entre 1887 et 1891, avec ses quatre tourelles et sa flèche de pierre ajourée. Le père avait dessiné une tour-horloge nettement plus lourde, le fils a fait plus fin, et pour le coup c’est le fils qui a eu raison.

Cour interieure de l'universite de Glasgow, un grand arbre devant la facade de pierre, arches et tours autour.

Et puis il faut dire un truc sur la pierre elle-même. Une bonne partie du patrimoine de Glasgow est en grès, blond, gris ou rouge selon les quartiers, et c’est ce matériau qui donne à la ville cette identité minérale très forte. C’est austère, c’est sérieux, ce n’est pas moche c’est différent, et l’université en est probablement l’exemple le plus spectaculaire de la ville.

Ils ont déménagé l’université, escalier compris

Voilà le truc que j’ignorais complètement et qui a changé ma façon de regarder l’endroit : ce campus n’est pas le campus d’origine. L’université est restée sur la High Street, du côté de la vieille ville, des années 1460 jusqu’en 1870. Et puis le terrain a été vendu à une compagnie de chemin de fer, la City of Glasgow Union Railway, pour y construire une gare de marchandises.

Oui, tu as bien lu. On a rasé un ensemble universitaire vieux de plusieurs siècles pour y poser un dépôt de fret, et c’est aujourd’hui considéré comme l’une des plus grosses pertes architecturales de la ville. Avec l’argent de la vente, l’université s’est offert Gilmorehill, qui n’était alors qu’une colline verte à cinq kilomètres à l’ouest. D’où le West End, d’où le parc juste à côté, d’où toute la géographie de la balade qu’on est en train de faire.

Mais ils n’ont pas tout laissé derrière eux, et c’est là que ça devient touchant. Ils ont démonté l’escalier du Lion et de la Licorne, dont les figures ont été commandées en 1690 à un maçon nommé William Riddel, et ils l’ont transporté pierre par pierre, à la charrette, pour le remonter à la main sur le nouveau site. Même chose pour une partie de l’ancienne porterie de la High Street, rebâtie ici sous le nom de Pearce Lodge. Donc si tu cherches quelque chose de vraiment ancien sur ce campus qui a l’air ancien, c’est précisément là qu’il faut aller regarder.

Les Cloisters, et le fameux interrupteur

On y revient donc. Il y a deux grandes cours, et entre les deux, un passage voûté qui court sous le bâtiment. Ça s’appelle les Cloisters, ou l’Undercroft selon qui te le raconte, et c’est de très loin le meilleur endroit du campus. Tu es à l’ombre, sous les arches, et de chaque côté tu vois la lumière des deux cours qui te parvient par les ouvertures. C’est le genre d’endroit où tu comprends tout de suite pourquoi il est photographié en boucle.

Et l’explication technique m’a fait plaisir, parce qu’elle colle exactement à ce qu’on ressent sur place. Ce n’est pas un cloître décoratif : c’est un undercroft, une structure ouverte qui porte la Bute Hall bâtie juste au-dessus (la grande salle des examens et des remises de diplômes, financée par le troisième marquis de Bute, d’où son nom). Autrement dit, si la lumière traverse de part en part, ce n’est pas un hasard heureux : ces arches ne sont pas là pour faire joli, elles tiennent une salle entière sur leurs épaules tout en laissant les deux cours communiquer.

Vue depuis les Cloisters de l'universite de Glasgow sur la cour interieure, son arbre, son banc et son lampadaire.

Et avec la météo de Glasgow, ça devient carrément un spectacle. Un rayon traverse les arches, la pierre s’éclaire, tout devient chaud.. et puis il disparaît, la voûte redevient grise, tu attends, et vingt secondes plus tard ça repart. On a l’impression que l’architecture change au rythme du ciel. Pour tourner des images, c’est probablement le meilleur spot de tout le West End : tu poses un plan fixe et tu laisses la météo faire le travail à ta place.

Vue sur les arches gothiques d'un cloître de l'Université de Glasgow, avec une cour intérieure et un arbre au centre. L'ambiance est calme et architecturale.

Petite précision au passage pour ceux qui, comme moi, ont un blouson à la main la moitié de la journée : ce jeu d’ombre et de lumière, c’est joli en photo, mais sur place ça veut surtout dire qu’il faut aimer enlever et remettre son blouson toutes les quatre secondes. Voilà, vous savez tout de la météo écossaise, cours terminé.

Caroline sous les arches gothiques de l'université de Glasgow, en Écosse, lors d'une journée d'été.

Non, Harry Potter n’a pas été tourné ici

Il faut le dire, parce que tout le monde le répète, nous les premiers avant d’aller vérifier. Les Cloisters de Glasgow ne sont pas dans Harry Potter. L’université l’écrit elle-même sur son propre blog, en substance : malgré les apparences, Harry Potter n’a jamais été tourné à l’université de Glasgow. Les extérieurs de Poudlard des premiers films, c’est le château d’Alnwick, dans le Northumberland, côté anglais.

Ce qui ne veut pas dire que les gens hallucinent complètement. Le néo-gothique, les deux quadrilatères, la flèche, les voûtes.. tout tape pile dans l’image mentale qu’on se fait de Poudlard, et c’est bien pour ça que la confusion tient depuis des années. Autant le savoir avant de faire trois heures de route en croyant marcher sur un plateau de tournage : ici rien n’a été inventé pour un film, tout a été bâti pour de vrai, et c’est peut-être encore mieux.

Les deux cours, les bancs, et le temps qui ne presse pas

Les cours, c’est l’autre bonne surprise. Il y a de la pelouse, des arbres, des bancs en fer forgé et des bancs en bois, des lampadaires anciens, et surtout il n’y a personne qui te met la pression pour circuler. On s’est assis, chacun son banc, on a regardé les façades, et on est restés là un moment sans rien faire de particulier. Ce qui, dans une ville, est devenu un luxe assez rare.

Xavier assis sur un banc en fer forge dans une cour interieure de l'universite de Glasgow, les arches en arriere-plan.

Ce n’était pas notre premier passage ici, d’ailleurs. On était déjà venus lors d’un précédent voyage en Écosse, et à l’époque l’université était déjà notre principal spot patrimonial de Glasgow. Le plus drôle, c’est qu’en comparant les photos des deux passages, on retrouve exactement les mêmes bancs, la même cour, le même ciel qui n’arrive pas à se décider. Certains endroits ne bougent pas d’un millimètre, ça fait du bien.

Ce que l’université a fini par mettre sur la table

Un point que je trouve important même s’il n’est pas le plus agréable à raconter. En 2018, l’université a publié un rapport intitulé Slavery, Abolition and the University of Glasgow, le premier du genre pour une université britannique. Elle y reconnaît avoir reçu, aux XVIIIe et XIXe siècles, des dons et des legs de personnes qui avaient pu s’enrichir grâce à l’esclavage, pour une valeur réévaluée aujourd’hui dans une fourchette large, entre 16 et 200 millions de livres.

Et elle ne s’est pas arrêtée au constat. L’année suivante, elle a signé un programme de justice réparatrice avec l’université des Indes occidentales, avec la création du Glasgow-Caribbean Centre for Development Research et l’engagement de lever et dépenser 20 millions de livres sur vingt ans. On peut trouver que c’est trop peu, ou trop tard, le débat est légitime. Mais quand tu traverses ces cours en te disant « dis donc, ils avaient les moyens à l’époque », ça vaut le coup de savoir d’où venait une partie de ces moyens.

Coimbra n’a rien à voir, et c’est justement l’intérêt

Sur place, la première chose à laquelle j’ai pensé, c’est l’université de Coimbra, qu’on avait visitée peu de temps avant. Deux vieilles universités historiques, deux monuments qui écrasent leur ville, on se dit que ça va se ressembler. Et en fait pas du tout. Ce sont deux styles presque opposés, deux façons complètement différentes d’occuper l’espace et de te faire ressentir quelque chose.

Je ne vais pas te dire laquelle est la plus belle, ce serait idiot et en plus je n’en sais rien. Mais si tu as la chance de faire les deux, l’exercice de comparaison vaut le détour : à Coimbra tu es dans quelque chose de solaire, d’ouvert, de très haut perché ; à Glasgow tu es dans quelque chose de minéral, de fermé, presque monastique. Deux immenses universités qui produisent des sensations qui n’ont rien à voir, c’est fascinant.

La tour, et le meilleur point de vue pour la photographier

Un dernier conseil, et il est vraiment concret. Ne repars pas du campus sans traverser Kelvingrove Park, qui est juste à côté. Le parc est superbe, très vert, avec des châtaigniers, énormément de bancs, une ambiance calme et des corbeaux qui croassent partout dans les arbres (ambiance sonore garantie, gothique jusqu’au bout).

Et surtout, c’est de là que tu as la plus belle perspective sur la tour du Main Building. Vue depuis le parc, avec la verdure au premier plan, elle se prend vraiment pour un clocher. C’est l’image qui résume le mieux Glasgow selon nous : de la végétation dense au premier plan, et derrière, cette architecture monumentale et grise qui te rappelle où tu es.

À qui on conseille l’université de Glasgow

Si tu n’as qu’une journée à Glasgow, c’est à notre avis le spot patrimonial à ne pas rater, et le meilleur rapport temps investi sur claque visuelle de la ville. Compte une heure sur place tranquillement, plus le temps que tu passeras assis sur un banc à ne rien faire, et enchaîne avec Kelvingrove Park juste derrière : tu tiens ta demi-journée West End complète, sans transport et sans billet.

En revanche, si tu cherches une visite guidée avec des salles, des collections et un parcours fléché, ce n’est pas tout à fait le sujet : ici le spectacle est dehors, dans les cours et sous les arches. Pour l’intérieur, c’est le Hunterian Museum, sur le campus, qui prend le relais.

Infos pratiques


: campus principal de l’université de Glasgow, University Avenue, dans le West End.
Type : campus universitaire historique, fondé en 1451. Main Building et Bute Hall néo-gothiques (George Gilbert Scott, fin XIXe).
À voir : les deux cours intérieures, les Cloisters (aussi appelés Undercroft), la tour du Main Building, le Hunterian Museum sur place.
Tarif : les extérieurs sont en accès libre, et le Hunterian Museum est gratuit.
Accès : dix minutes à pied depuis le West End, à côté de Kelvingrove Park.
Durée : environ une heure pour les extérieurs, une demi-journée en enchaînant avec le parc.
Ce qu’on en retient : le passage voûté des Cloisters, et la lumière écossaise qui s’allume et s’éteint dedans.
Visité : en août, lors de notre deuxième passage à Glasgow.

PS : si quelqu’un de l’université passe par là, on veut bien savoir combien de personnes par jour s’arrêtent devant les cabines rouges en faisant semblant de téléphoner. On a une théorie, et elle n’est pas flatteuse pour nous.